Le Nuage radioactif, de Benjamin Berton

BertonDenis Caplan vient de plaquer son boulot de représentant en piquant dans la caisse. Persuadé qu’une catastrophe nucléaire majeure s’apprête à éclater, il enlève son fils Ian à sa femme. Ensemble, le père et le fils vont passer trois jours à errer le long de la Loire. Aux abords de la centrale de Chinon, ils assistent à la naissance d’un étrange nuage bleu qui stagne dans le ciel et grossit de façon inquiétante. Le nuage semble altérer la réalité et transformer la vie de ceux qu’il croise : Denis et son fils, mais aussi une travailleuse précaire, une ado boutonneuse, une hôtelière handicapée, un vieux châtelain qui vit en état de siège, deux sœurs cyclistes, un pilote de montgolfière, un Suédois inquiétant qui pourrait bien être Anders Breivik, et un homme de main corse lancé aux basques de Denis par son patron…

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La Grande guerre de Joe Sacco et la narration spatiale

Cet été, les voyageurs qui passaient par la gare Montparnasse à Paris et qui empruntaient son tapis roulant bien connu pour rejoindre le métro ont pu admirer une gigantesque fresque de Joe Sacco commémorant la première guerre mondiale. Le dessin de Sacco mesure 132 mètres de long et décrit de façon minutieuse le premier jour de la bataille de la Somme. Cette longue frise intitulée La Grande guerre a été publiée sous forme de leporello par Futuropolis en avril dernier (un leporello est un ouvrage plié en accordéon – le mot est un hommage au valet éponyme qui, dans le Don Giovanni de Mozart, déroule une interminable liste des conquêtes féminines de son maître). Le travail de Sacco est admirable : la reconstitution est soignée, documentée et précise, mais c’est surtout un très beau travail de dessin et un formidable exemple de narration spatiale.

La frise de Joe Sacco dans le métro (photo LA Times)

La Bataille de la Somme de Joe Sacco dans la station de métro Montparnasse-Bienvenüe (photo : LA Times)

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Les Extraordinaires aventures de Kavalier et Clay, de Michael Chabon

Il y a quelque temps de cela, j’étais plongé dans la lecture de Des Comics et des artistes de Christopher Irving et Seth Kushner. Il s’agit d’un recueil de portraits (portraits écrits et portraits photographiques) qui retrace 80 ans de bande-dessinée américaine. Le livre est intéressant par endroits, assez joli à feuilleter (Kushner a l’habitude de photographier des stars du cinéma et de la chanson), et quelque peu frustrant dans sa structure (un vaste kaléidoscope d’anecdotes).

J’ai surtout été marqué par les pages pleines de nostalgie consacrées aux pionniers des comic books, ceux qui ont inventé la bande dessinée de super-héros à la fin des années 30. A cette époque mythique que les historiens appellent the golden age of comics, un adolescent passionné de dessin pouvait facilement – après avoir présenté son portfolio à un éditeur véreux – se retrouver propulsé au sein d’un studio aux côtés d’autres camarades, trimant comme lui pour inventer des histoires de surhommes en collants, imaginées au cours de brainstorming fiévreux et couchées sur le papier à l’issue de journées épuisantes passées à suer sur une table à dessin. Devenir auteur de comics dans les années 30, c’était une aventure à mi-chemin entre être intégré de force dans une galère romaine et fonder un groupe de rock dans son garage. Mine de rien, ces gamins de 18 ans payés au lance-pierre étaient en train d’inventer la pop culture du XXe siècle (et même du XXIe, vu les blockbusters dont Hollywood nous abreuve depuis plus de dix ans).

Je rêvassais en me disant qu’il y avait là une formidable matière romanesque lorsque je me suis tout à coup souvenu qu’il y avait justement un roman consacré à ce sujet qui m’attendait depuis bien longtemps sur ma pile de livres à lire : Les Extraordinaires aventures de Kavalier et Clay de Michael Chabon, lauréat – excusez du peu – du prix Pulitzer en 2001.

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Captain America en train de tancer Adolph Hitler en décembre 1940 – un an avant Pearl Harbor et l’entrée en guerre des USA. Michael Chabon décrit (ou plutôt réécrit) la genèse de cette image dans son roman.

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A la recherche de Vivian Maier, de J. Maloof et C. Siskel

S’il y a un domaine artistique pour lequel ma sensibilité est peu développée c’est bien la photographie. Si je jette un œil sur ma bibliothèque personnelle, j’y trouve un recueil de portraits de Georgia O’Keeffe par Alfred Stieglitz, l’anthologie Camera Work éditée par Taschen, et… c’est à peu près tout. Les autres ouvrages de photographie que je possède portent sur des thématiques précises (tatouages, architecture, paysages…) mais pas sur l’art de la photographie en tant que tel. Je suis la plupart du temps incapable de distinguer les œuvres d’un photographe de renom de celles d’un amateur éclairé. Parmi les grands noms de la photographie, il y en a beaucoup qui me laissent de marbre (Salgado m’ennuie, je trouve les photos de Depardon moches, et je n’ai pas retenu grand chose de l’expo Cartier-Bresson que j’ai visitée récemment). Les très rares photographes que j’aime sont ceux qui sont situés tout au sommet de leur art, et qui ont produit une œuvre à la fois très iconique et très personnelle. Il s’agit de photographes  connus du grand public et qui sont finalement assez consensuels : des Stieglitz, Man Ray, Helmut Newton… Rien de bien original là-dedans. Pour moi, Vivian Maier fait indubitablement partie de cette catégorie là, celle des grands classiques, suffisamment doués pour me parler, à moi et à ma sensibilité rustique. Dans la plupart de ses photos, je vois immédiatement quelque chose d’intéressant, de touchant ou d’intrigant. Je comprends pourquoi cet instant précis méritait d’être immortalisé et j’admire l’œil qui a été capable de le repérer dans le désordre de la réalité.

Pourtant, sur les milliers de photos que Vivian Maier a prises de son vivant, elle n’en a pratiquement développée aucune. Charlie Siskel et John Maloof (qui a mis à jour l’œuvre de Vivian Maier complètement par hasard, en achetant à l’aveuglette une malle de négatifs dans une vente aux enchères) consacrent un documentaire à ce personnage mystérieux, auteur d’une œuvre foisonnante mais entièrement posthume.

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Vivian Maier par elle-même. Les autoportraits sont un motif récurrent chez la photographe.

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L’Univers de carton, de Christopher Miller

Avant de parler du livre de Christopher Miller, je voudrais faire une petite parenthèse personnelle. La biographie de Philip K. Dick par Emmanuel Carrère intitulée Je suis vivant et vous êtes mort est le premier livre dont je garde un réel souvenir en tant que lecteur. Bien entendu, j’avais lu d’autres livres auparavant, mais il s’agissait de lectures ennuyeuses et forcées imposées par l’école. A 16 ans, je suis parti au lycée dans une petite sous-préfecture où il y avait une bibliothèque municipale. Comme j’ai grandi dans un milieu rural, sans librairie à proximité et sans beaucoup de livres à la maison, la découverte de la bibliothèque a été un choc et une révélation : je séchais souvent les cours pour aller trainer entre les étagères et les rayonnages. Pourquoi le livre de Carrère a-t-il été le premier à capter mon attention ? Je ne sais pas. Peut-être à cause du portrait hypnotique de Dick par Robert Crumb qui ornait la couverture de l’édition originale ? Ou alors c’était le titre. Toujours est-il qu’à partir de là, j’ai commencé à lire pour moi, sans y être forcé. J’ai d’abord lu des romans de Dick, et puis toutes sortes d’autres livres, suivant mon propre agenda. Bref, je suis devenu un lecteur.

Bien que ma lecture de Carrère remonte presque 20 ans en arrière, la mythologie dickienne m’a fortement marqué et elle est toujours bien présente dans mon esprit. Je me rappelle encore de Jane, sa sœur jumelle morte à la naissance, du magasin de disques où il bossait étant jeune, des romans mainstream qu’il n’a jamais réussi à vendre, du Yi-King utilisé pour écrire le Maître du haut château, de la « fille aux cheveux noirs », du cambriolage de sa maison pleine de junkies et des délires paranoïaques qui ont suivi, de sa révélation mystique et de l’Exegèse, etc. Tout ces éléments réunis ressemblent un peu au portrait d’un personnage de fiction. Plusieurs écrivains ont d’ailleurs fait de Dick un personnage de roman. Le livre de Carrère a lui-même la réputation d’être très romancé (pour une approche plus solidement ancrée dans le réel, on recommande généralement la biographie de Lawrence Sutin, Invasions divines, que je n’ai pas lu). Et puis Philip K. Dick en personne s’est mis en scène dans Siva sous les traits de son alter-ego, Horselover Fat.

Si je fais cette petite digression c’est pour expliquer pourquoi j’étais particulièrement curieux de me plonger dans L’Univers de carton. Le livre de Christopher Miller est en effet une biographie fleuve de Phoebus K. Dank, un écrivain de SF imaginaire mais très fortement inspiré par Philip K. Dick.

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Un extrait de la bande dessinée de R. Crumb consacrée à la révélation mystique de Philip K. Dick. La bd est une parodie de tract évangéliste.

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The Clock, de Christian Marclay

Lorsqu’on travaille dans un endroit comme le Centre Pompidou (ce qui est mon cas), on a la chance d’avoir un accès privilégié à certaines œuvres. Depuis quelques jours, lorsque j’ai un moment de libre – pendant ma pause déjeuner ou bien avant de rentrer chez moi – j’ai pris l’habitude d’aller faire un tour dans l’espace 315 où on peut actuellement visionner The Clock, une installation de Christian Marclay (qui est encore accessible quelques jours, jusqu’au 2 juillet). Il s’agit d’un film d’une durée de 24 heures. Certains spectateurs rentrent dans la salle et s’assoient juste deux minutes, tandis que d’autres restent plusieurs heures devant l’écran. Pour ma part, j’ai pris l’habitude de faire un saut d’une demi-heure ou une heure. The Clock est une expérience presque hypnotique et je n’arrive pas à me lasser de cette petite virée quotidienne qui va bientôt se terminer.

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The Clock, de Christian Marclay

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Trois films atypiques vus à Cannes

Je l’avoue : mon titre est en partie mensonger puisque sur ces trois films, j’en ai vu un à Paris cette semaine en rattrapage. Ceci étant dit, pour clore définitivement la page cannoise sur ce blog, je souhaitais consacrer un billet à une catégorie de films un peu spéciale. A Cannes (comme partout ailleurs), il y a des films réussis et des films ratés, mais il y a aussi une troisième rubrique particulièrement bien représentée sur la croisette : les œuvres inclassables. Ce sont des films difficiles à juger parce qu’ils ne ressemblent à rien de connu. Ils peuvent être bancals ou étranges, ça ne les empêche pas d’être doués d’un certain charme un peu bizarre. C’est le genre de films qui peut vous séduire, vous marquer, mais que vous vous garderez bien de recommander au premier venu ou même à un ami. Je souhaiterais fixer par écrit les impressions que m’ont inspiré trois de ces films atypiques : Amour fou, de Jessica Haussner, Bird People de Pascal Ferran et White God de Kornél Mundruczó.

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Bird People

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Foxcatcher, de Bennett Miller

foxcatcher-posterJohn du Pont (Steve Carell) est un homme richissime qui cherche à rentrer dans l’histoire en faisant remporter aux États-Unis une médaille Olympique. Il prend contact avec Mark Schultz (Chaning Tatum), un champion de lutte qui connait un creux dans sa carrière. En échange d’une somme colossale, le sportif accepte de venir vivre et s’entrainer à Foxcatcher, une immense résidence de 150 hectares. C’est l’occasion pour Mark de s’émanciper de son grand frère Dave (Mark Ruffalo), un entraineur de génie, charismatique et protecteur mais étouffant. Après s’être brouillé avec Mark, Du Pont fait appel à Dave pour entrainer l’équipe nationale de lutte. Une relation ambigüe s’instaure entre les trois hommes.

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Trois arnaques cannoises

Le festival de Cannes, c’est terminé ! Il me reste encore quelques billets à rédiger mais je me rends compte que j’ai écrit pas mal de critiques mitigées ou négatives cette année. Le festival a mis un petit moment avant de démarrer, avec beaucoup de films qui se prenaient très au sérieux malgré leurs défauts. Heureusement, la barre s’est bien redressée au cours de ces derniers jours. D’habitude, je n’aime pas trop écrire des critiques négatives. Alors que la cérémonie de clôture approche, pour une fois, j’ai décidé de me lâcher sur les 3 arnaques cannoises de cette année : Captives d’Atom Egoyan, Deux jours, une nuit des frères Dardenne, et Lost River de Ryan Gosling.

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Lost River, de Ryan Gosling

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Mommy, de Xavier Dolan

imageSteve est un adolescent hyperactif en proie à de terribles crises de violence à la limite de la démence. Lorsque le film débute, il est expulsé de l’internat où il réside après avoir provoqué un incendie et défiguré l’un de ses camarades. Sa mère, Diane (qui est veuve) doit le recueillir chez elle. « Die » est une Milf qui jure comme une charretière, porte des jeans trop serrés, des talons compensés et des mèches blondes. Sous ses apparences frivoles, c’est une battante qui est prête à tout pour sauver son fils. Alors qu’elle s’efforce de domestiquer ses crises, elle fait la connaissance de Kyla, une voisine timide, ancienne institutrice, devenue bègue suite à un traumatisme inexpliqué. Les deux femmes s’unissent pour sortir Steve du pétrin. L’adolescent, véritable bloc de dynamite, devient à la fois leur sacerdoce et le rayon de soleil dans leur vie.

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