La Tortue rouge, de Mickaël Dudok de Wit

imageUne mer démontée. Une silhouette jaillit entre deux vagues gigantesques. On ne sait rien de ce naufragé (il n’y a aucun navire en vue). Emporté par le courant, il s’échoue sur une île déserte peuplée par quelques crabes et une tortue rouge… Le réalisateur Mickaël Dudok de Wit est bien connu des amateurs de cinéma d’animation pour ses courts, comme Le Moine et le poisson (César 1996) et surtout le très beau Père et fille (Oscar 2000). Son premier long-métrage est également la première coproduction internationale du studio Ghibli.

C’est sans doute la principale raison pour laquelle le film va faire parler de lui : pour les fans, toutes les occasions sont bonnes pour imaginer que le célèbre studio japonais (qui a cessé la réalisation de longs-métrages) est enfin ressuscité. En fait, La Tortue rouge est une création française avant tout, conçue à Angoulême chez Prima Linea. Les japonais se sont contentés d’un rôle minime et distant (Isaho Takahata est crédité de la fonction de conseiller artistique mais cette mention est surtout honorifique).

La deuxième raison pour laquelle vous entendrez parler du film, c’est parce qu’il est exceptionnellement beau. J’insiste sur son origine française parce que c’est probablement la première fois qu’on voit si bien traduite à l’écran l’esthétique de la ligne claire : c’est un délice de voir ces personnages schématiques mais admirablement animés se déplacer comme des fourmis (ils sont souvent filmés de loin) dans des décors minimalistes mais traités avec une délicatesse et un sens remarquable de la lumière : la forêt de bambous et son aura verdâtre, la nuit grise qui enveloppe l’île, le fond de la mer, la lumière crue qui s’abat sur la plage, le rougeoiement du crépuscule… Le film, entièrement muet, est une réussite visuelle qui mêle admirablement bien les différentes techniques qu’il emploie (animation basée sur les mouvements d’un comédien, images de synthèses pour quelques éléments, aquarelle pour les décors). En tant que spectateur, je me suis plus d’une fois arrété de « voir » le film passivement pour le regarder avec plaisir, en m’attardant sur tel ou tel détail.

Et pourtant… Pourtant, il m’a manqué quelque chose pour profiter pleinement du spectacle. En fait, je suis incapable de dire de quoi parle vraiment le film. D’après le dossier de presse, il relate les différentes étapes de la vie d’un homme, à travers la métaphore du naufragé sur son île. Le film est en effet ponctué de scènes mythologiques-initiatiques qui se rattachent à cette thématique : le passage dans un goulot sous-marin  étroit qui suggère une seconde naissance, la découverte magique d’une compagne, un tsunami qui peut représenter tous les obstacles qui s’abattent sur une vie, un enfant qui grandit et quitte ses parents… Mais toutes ces saynètes ont des airs de passages obligés. Dudok de Wit avoue avoir peiné à écrire son scénario (il s’est d’ailleurs fait aider par la réalisatrice Pascale Ferran) et cela se sent. En fonction de sa sensibilité, chaque spectateur pourra retrouver des échos intimes dans le parcours du naufragé. En ce qui me concerne, le spectacle de cette fourmi sur son île m’a paru bien trop distant pour gagner ma sympathie et beaucoup trop abstrait (le vieillissement du personnage principal est par exemple signifié uniquement par le changement de couleur de ses cheveux et de ses habits).

En bref, le film est trop long pour être une simple fable mais trop schématique pour être une véritable aventure. Du coup, La Tortue rouge est un long tableau filmé, beau à voir mais un peu ennuyeux malgré ses 80 petites minutes.

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Une réponse à La Tortue rouge, de Mickaël Dudok de Wit

  1. Li-An dit :

    C’est un peu un défaut récurrent dans les productions françaises « haut de gamme »: un rythme assez lent. Des enjeux pas toujours évidents…

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