Cannes 2015 : 19 avis express pour conclure

Voilà, Cannes c’est fini. J’ai vu un peu moins de films que d’habitude cette année – la faute à un système de billetterie déconnant qui a déstabilisé mon programme. J’ai aussi l’impression d’avoir vu moins de bons films. Il faut dire que j’ai raté les gros morceaux qui seront vraisemblablement récompensés ce soir (Carol de Todd Haynes, Mia Madre de Nanni Moretti, Le Fils de Saül de Laszlo Nemes). Malgré quelques films qui m’ont plu (notamment Mad Max, The Lobster, Béliers, A Perfect day et Inside Out auxquels j’ai consacré des billets), ce n’était pas un très grand cru cette année : la compétition surtout était particulièrement faible. Je compte encore rattraper quelques films lors des reprises qui ont lieu à Paris dans les jours qui viennent. En attendant, voici quelques avis rapides sur des films que je n’ai pas eu le temps d’évoquer faute de temps ou parce qu’ils ne méritent pas vraiment un billet entier…

Sélection officielle – Compétition

Umimachi Diary (Notre Petite soeur), de Hirokazu Kore-Eda
Trois sœurs qui vivent ensemble dans la même maison apprennent le décès de leur père avec lequel elles ont coupé les ponts depuis longtemps. Aux funérailles, elles font connaissance avec leur jeune demi-soeur dont elles ignorent tout. Avec l’accord de sa mère, elles décident de la recueillir et là… tout se passe très bien pendant 2 heures, ce qui est un petit peu perturbant pour un spectateur occidental habitué à voir dans un film le développement d’un conflit et sa résolution. La caméra panote en permanence, de façon presque imperceptible, comme une très longue caresse. Après un long tunnel de tendresse et de bonheur qui doit bien durer une heure (cerisiers en fleurs, rires, kimonos), des notes douces-amères s’introduisent peu à peu, mais sans entacher la conclusion du film. J’avais bien aimé Tel Père, tel fils le précédent film de Kore-Eda où il interrogeait aussi la notion de famille, mais la différence de culture me tenait déjà un peu à l’écart du récit (dans les deux films, les adultes abandonnent leurs enfants à des inconnus sans sourciller. Visiblement, les notions de famille, de parents, de fratrie ont un tout autre sens au japon). Il manque à Notre Petite sœur les aspérités qui étaient présentes dans Tel Père, tel fils et qui m’avaient permis d’accrocher au film : la structure épisodique issue du manga dont le film est tiré n’a pas réussi à me captiver. Dans le genre « bande de filles », j’ai largement préféré la bande de morveuses de Mustang (voir tout en bas de cette page).

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Louder than Bombs, de Joachim Trier
A l’occasion d’une rétrospective sur la vie de la photographe de guerre Isabelle Reede (Isabelle Huppert), son mari et ses enfants sont forcés de replonger dans leurs souvenirs. L’époux (Gabriel Byrne) doit trouver un moyen d’évoquer le suicide d’Isabelle qu’il a toujours caché à son plus jeune fils (Devin Druid) qui est en pleine crise d’adolescence et pour lequel l’image de la mère est devenu une figure quasi mythologique. Quant au plus grand (Jesse Einsenberg), il vient de devenir père et il doit assumer à son tour la responsabilité difficile de construire un foyer. Les points de vue des trois personnages se tissent en une vaste tapisserie qui mêle différents registres d’images et de discours : les faits, les photographies, les souvenirs et les rêves, ce que l’on sait et ce que l’on se cache, la vérité et l’invention….
J’ai un peu de mal à parler du film de Joachim Trier. Sur le coup, j’ai été emporté par son mouvement et, en sortant de la salle, j’étais carrément enthousiaste. Mais le jour suivant, je me suis rendu compte que je n’avais rien à dire ou à écrire à son sujet et une semaine après, il ne m’en reste presque plus rien. Un grand vide. La mise-en-scène de Trier est pleine de trouvailles qui tiennent l’attention du spectateur en éveil mais, après coup, j’en viens à me demander si ces effets parfois clipesques ne sont pas un cache-misère pour un récit décousu qui n’a rien à dire. A moins que le vide qui est au cœur du film soit comme la trace laissée par la disparition du personnage central d’Isabelle ? Est-ce que Louders than bombs est un film creux et superficiel (comme l’ont écrit plusieurs critiques) ou au contraire est-ce un grand film sur le deuil et les effets de l’absence ? (une séquence démontre qu’une partie occultée d’une image suffit à changer son sens) Je ne sais pas mais maintenant j’ai envie de jeter un œil sur Oslo 31 août, le précédent film de Trier que je ne connais pas.

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Marguerite et Julien, de Valérie Donzelli
Marguerite (Anaïs Demoustier) et Julien (Jérémie Elkaïm) sont deux enfants qui vivent dans le château de leurs parents. Pour mettre fin à un amour qui semble excessif, leurs parents font tout pour les séparer. Lorsqu’ils se retrouvent à l’âge adulte, leur amour éclate au grand jour. Marguerite et Julien doivent alors s’enfuir, traqués par les puissances de l’ordre et de la morale qui veulent leurs têtes. L’inceste comme métaphore de l’amour fou… Bien qu’il s’agisse d’un scénario original de Jean Gruault initialement destiné à François Truffaut, le film est bien plus proche d’un Demy que d’un Truffaut. Donzelli manie notamment les anachronismes (des décors du XIXe siècle et des hélicoptères, un abbé venu tout droit du XVIIIe et un transistor, etc…) pour transformer son récit en fable universelle et onirique. On peut regretter que la réalisatrice fasse beaucoup d’esbroufe sans aller toujours au bout de ses intentions (par exemple, l’histoire est d’abord narrée par des adolescentes qui semblent l’inventer au fur et à mesure, tard le soir dans le dortoir d’un internat, mais ce dispositif est mystérieusement abandonné à la moitié du film). Malgré ce genre de faiblesses et les rebondissements surannés à mi-chemin entre la comtesse de Ségur et Angélique marquise des anges, j’assume : j’ai bien aimé (le film s’est fait sévèrement descendre par la critique).

https://www.youtube.com/watch?v=ZlB8dj-fQWw

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Sicario, de Denis Villeneuve
Un thriller brutal dans lequel une recrue du FBI (Émilie Blunt) est confrontée aux agissements d’une unité spéciale dirigée par Matt (Josh Brolin) et son bras droit Alejandro (Benicio del Toro) qui tentent de piéger un baron de la drogue en usant de méthodes contestables. L’intrigue est volontairement obscure et une révélation finale attend le spectateur. Depuis son premier film, je suis dérangé par le rapport complaisant à la violence de Villeneuve (tout en reconnaissant que c’est un bon metteur en scène). Sicario bénéficie d’une superbe photo de Roger Deakins et d’une mise en scène sèche comme le désert. A part ça, aucun intérêt. J’ai du mal à voir autre chose qu’un jalon de plus dans la carrière d’un réalisateur qui veut se faire une place à Hollywood en jouant dans la catégorie « dark’n’gritty movies ».

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Youth, de Paolo Sorrentino
Dans un hôtel de luxe, deux homme, un compositeur (Michael Caine) et un réalisateur de films (Harvey Keitel) cherchent un sens à leur existence (que ferez vous le dernier jour de votre vie ?) et tentent de renouer, peut-être, avec la créativité. Comme d’habitude chez Sorrentino la mise-en-scène est ingénieuse et très tape-à-l’œil. Le ton, qui se voudrait profond en accumulant les leçons de vie et les aphorismes, est à mi-chemin entre le sublime et le trash, comme une sorte d’Amélie Poulain sous cocaïne. Je n’ai pas détesté (contrairement à certains qui sont allergiques au réalisateur italien) mais le film n’a suscité absolument aucun écho en moi. J’ai un peu de mal à m’identifier à des octogénaires milliardaires et esthètes qui réfléchissent au sens de la vie. Caine et Keitel sont parfaits mais ils réciteraient le bottin avec autant de talent.

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The Assassin, de Hou Hsiao-Hsien
Dans la Chine médiévale, on confie à une femme assassin la mission de tuer l’homme qu’elle aimait autrefois. Le réalisateur aurait mûri ce film pendant 25 ans (dont 7 ans de production). Le rapport bizarre au temps qui a présidé à la naissance de The Assassin se ressent à la vision : on a l’impression d’un film interminable, où il y aurait des années entières entre chaque réplique, alors que le film n’est pas particulièrement long (moins de 2h). C’est l’inverse pour les combats : c’est un film de sabre mais les deux scènes de duel doivent représenter moins de 5 minutes de bobine. Hou Hsiao-Hsien invente cette chose étrange : le film d’action sans action. Une chose est indéniable, le film est sublime visuellement. Les plans hyper soignés, comme sculptés en strates superposées dans la profondeur de champ, m’ont rappelé les compositions hiératiques du lianhuanhua, la bande dessinée traditionnelle chinoise. Mais The Assassin est surtout très exigeant pour le spectateur. J’avoue : j’ai lutté pour comprendre ce que je voyais et rester concentré mais je me suis endormi trois fois et quand je me suis réveillé c’était le générique de fin. Je suis faible. A revoir parce que les gens qui ne se sont pas endormis affirment avoir vu un chef d’œuvre.

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Valley of love, de Guillaume Nicloux
Isabelle et Gérard, un couple séparé depuis longtemps, se retrouvent aux États-Unis, 6 mois après le suicide de leur fils qui leur a laissé une lettre où il leur donne rendez-vous dans la vallée de la mort en leur promettant qu’il sera là à nouveau… Le film est surtout un véhicule pour Huppert et Depardieu. Belle performance des deux mastodontes. Quelques scènes amusantes jouent sur la frontière floue entre les personnages et les acteurs. J’avais pas mal aimé L’Enlèvement de Michel Houellebecq de Nicloux qui jouait déjà sur des ressorts identiques. Là, on a l’impression qu’il manque un bout au film qui n’aboutit nulle part. Le thème du deuil était-il trop gros pour Nicloux ? En tout cas, il manque une conclusion narrative ou émotionnelle à cette histoire qui semblait bien partie. Frustrant.

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Chronic, de Michel Franco
Les relations ambigües entre un aide soignant (Tim Roth) et ses patients en fin de vie ou gravement malades. Tout cela filmé de façon distanciée et clinique. Les lambeaux de vie qui s’achèvent donnent lieu à  quelques scènes touchantes ou dérangeantes mais l’unique message semble être : les gens meurent.

A noter : la meilleure fin de tout le festival [Attention spoiler !]. Le personnage principal avance vers la caméra et il est soudain écrasé par une voiture comme dans un sketch des Nuls. « FIN ». Il y a tellement de films qui devraient se terminer comme ça.

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Macbeth, de Justin Kurtzel
Les noms de Michael Fassbender et de Marion Cotillard apparaissent en lettres de sang dans le générique de cette adaptation de la pièce de Shakespeare où Kurzel recycle les costumes de Game of Thrones et les effets de manche de Zack Snyder (ralentis, filtres…) dans une ambiance pleine de gravitas. Tout cela est aussi léger qu’une choucroute au cassoulet. J’ai quelques réserves sur l’adaptation en tant que telle : le texte (les pentamètres iambiques de Shakespeare) et l’image semblent parfois suivre deux voies divergentes et parallèles, comme deux pièces de tissus mal assorties. Le prochain film du trio Kurtzel/Cotillard/Fassbender sera l’adaptation du jeu vidéo Assassin’s Creed, la patte peu subtile mais très iconique de Kurtzel devrait mieux fonctionner sur ce matériau.

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Sélection officielle – Hors compétition

La Tête haute, d’Emmanuelle Bercot
Film d’ouverture, La Tête haute est l’histoire d’un gamin plein de rage (Rod Paradot) et de son parcours fait d’allers-retour entre le bureau du juge pour enfants (Catherine Deneuve) et les centres éducatifs fermés où son tuteur (Benoît Magimel) veille sur lui. Le film enchaîne des scènes d’hystérie à répétition. On comprend que la réalisatrice a voulu rendre hommage à la ténacité des éducateurs mais tout cela est bien trop monolithique pour être convaincant. J’ai twitté en sortant de la salle « La sociologie d’un Dardenne, la subtilité d’un Mad Max », phrase qui a été reprise sur le plateau du Grand journal de Canal + et balancée à la réalisatrice qui a trouvé ça « positif ». J’en profite donc pour préciser : non Emmanuelle, ce n’était pas positif, j’ai détesté ton film.

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Love, de Gaspar Noé
Un trio d’amants explore les intrications du sexe dans leur vie… La projection a commencé avec 30 minutes de retard à 00h45. J’étais fatigué. Le film dure 2h20 et il est en 3D, ce que je déteste et j’étais mal placé. J’ai dû partir avant la fin pour attraper le dernier bus de nuit. Bref, j’ai un point de vue un peu biaisé et limité sur ce film qui se voudrait sulfureux mais qui m’a surtout semblé puéril (un plan d’ouverture sur une interminable branlette, une éjac faciale en 3D sur les spectateurs… des choses de ce niveau). Il y a des trucs bien, qui restent dans le style habituel de Noé : un sentiment de haut-le-cœur sous-jacent permanent, des effets stroboscopiques qui défigurent la réalité, la BO d’Assaut de Carpenter sur une scène de partouze dans un club. Il est hautement improbable que j’y retourne pour me faire un avis plus solide.

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Le Petit prince, de Mark Osborne
Une variation autour de l’histoire originale du Petit prince qui ajoute un chapitre supplémentaire au conte de Saint-Exupery, où le prince est devenu grand et a oublié son enfance. Ça voudrait tellement avoir la grâce d’un Pixar. Ça en est tellement loin, mais tellement. J’ai détesté.

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Sélection officielle – Un Certain regard

Maryland, d’Alice Winocour
Un garde du corps, ancien soldat revenu de l’Afghanistan (Matthias Schoenaerts), éprouve des sentiments troubles pour sa riche cliente (Diane Kruger) dont le mari trempe dans des affaires louches avec les pays du Golfe. Une tentative de faire un Drive à la française, mâtiné d’une pointe de Panic Room (la maison prise d’assaut, les caméras de surveillance). C’est un film de genre mais la meilleure scène est un échange de vannes autour d’une table de cuisine. Film raté.

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Je suis un soldat, de Laurent Lariviere
Un bon téléfilm.

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journey-to-the-shoreVers l’autre rive, de Kiyoshi Kurosawa
Encore un film sur le deuil. Vers l’autre rive, c’est un peu Le Sixième sens mais sans le twist final. Avec sa structure épisodique, le film tient aussi du Chant de Noël de Dickens. Yusuke, qui a disparu en mer depuis 3 ans, réapparait un jour dans le salon de son épouse Mizuke qui ne sourcille pas. Il lui propose de rendre visite aux dernières personnes croisées sur son chemin. Les fantômes de Kurosawa ne sont pas effrayants et les vivants (comme Mizuke) ont parfois le teint plus livide (Yusuke porte un imper orange pétant, on a vu des fantômes plus discrets). Le sujet du deuil et l’image du revenant servent de prétexte pour différentes variations sur le thème de la séparation, du souvenir et du remord. Joli film mais un peu anecdotique et au lyrisme parfois convenu (instant émotion : envoyez les violons et les fleurs en papier)

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Quinzaine des réalisateurs

Les Cowboys, de Thomas Bidegain
Alain (François Damiens) est passionné de country. Lors d’une fête western, sa fille Kelly disparait. On comprend vite qu’elle a suivi son compagnon pour rejoindre des filières djihadistes. Alain et son fils (Finnegan Oldfield) partent à sa recherche. Les Cowboys est le premier film du scénariste Thomas Bidegain, une éminence grise du cinéma français (il a écrit Un Prophète, De Rouille et d’os, mais aussi Saint Laurent et La Famille Bélier). Il s’agit de toute évidence d’un film de scénariste : les intentions et certains trucs d’écriture visant à donner une épaisseur thématique au récit affleurent un peu trop à la surface mais il y a aussi de bonnes choses : une ellipse violente au tiers du film, la contamination progressive du fils par l’obsession du père et une belle ampleur narrative qui concentre le temps d’un film une histoire qui aurait pu être une mini-série honorable.

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Mustang, de Denize Gamze Erguven
A la fin de l’année scolaire, cinq sœurs jouent avec des garçons. Elles s’amusent à les provoquer, elles montent sur leurs dos, elles plongent avec eux toutes habillées dans un lac. La scène est pleine d’une joie idyllique qui est insupportable aux yeux du petit village du nord de la Turquie où elles vivent. Pour faire taire les rumeurs obscènes qui sont en train d’enfler, leur oncle et leur tante cloitrent les gamines, leur interdisent d’aller à l’école et les livrent aux femmes respectables qui défilent pour leur enseigner les bonnes manière (cuisine, couture, devoirs conjugaux…) avant de les marier avec le premier venu. Alors qu’un rempart de plus en plus haut s’élève autour des gamines qui sont casées les unes après les autres, la plus jeune, la petite Lale, s’entête à se rebeller. Elle fera même fuguer toute la petite bande pour assister à un match du Galatasaray. Difficile de ne pas penser à Virgin Suicide devant cette bande de meufs insolentes, toutes en guiboles, en minois arrogants et en poitrines bombées mais menacées à chaque instant d’être broyées. Mustang est un chouette film qui parvient à trouver le juste équilibre entre la fable, le drame et le film engagé. On peut d’avance lui prédire une jolie carrière dans les circuits d’arts et essais.

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Songs My Brothers Taught Me (Les Chansons que mes frères m’ont apprises), de Chloé Zhao
Tous les ans, il y a un film de Sundance qui débarque à Cannes. Le film de Chloé Zaho succède à Whiplash dans cette catégorie mais il est très très loin d’avoir l’efficacité de son prédécesseur. Il s’agit d’un petit film indé, du cinéma social à l’américaine des plus classiques, centré sur les losers du système et cherchant à cerner leur charme bien particulier. Malgré des personnages sympathiques, le film tourne en rond mais il a le mérite de le faire dans un territoire méconnu : une réserve indienne contemporaine. Le genre de film dont vous ressortez en disant « oui, c’était intéressant » parce que vous n’avez pas envie d’en dire du mal.

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Semaine de la critique

Ni le ciel, ni la terre, de Clément Cogitore
Le capitaine Bonassieu (Jérémie Renier) dirige une garnison à la frontière afghane. Soudainement, des hommes se mettent à disparaître de façon inexplicable lors de leurs rondes de nuit. Le film débute bien, avec un mystère du genre « disparition dans une chambre close. » Malheureusement, l’intrigue traine puis s’enlise dans des considérations métaphysiques. Les images de nuit vacillantes, filmées à travers des jumelles à vision thermique, se répètent pour signaler une réalité insaisissable et fuyante, comme une sorte de clin d’œil aux agrandissements photographiques de Blow up. Au final, le film se contente de graviter autour de questions existentielles sans parvenir à les imposer au spectateur et il n’apporte jamais de résolution au mystère des disparitions. Grosse déception.

 

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8 réponses à Cannes 2015 : 19 avis express pour conclure

  1. Li-An dit :

    Pas de résolutions au mystère ? Flûte. Et combien de spectateurs ne se sont pas endormis ? On ne le saura jamais :-)
    Merci pour ces efforts et, en effet, pas grand chose ne sort du lot dans les films chroniqués ici.

  2. Cachou dit :

    Tiens, hier, j’ai entendu une critique acerbe de ce festival par un présentateur radio/télé/critique cinéma dont je n’apprécie pas forcément les goûts (et donc j’ai tendance à ne pas croire ce qu’il dit). Il accusait ce festival, et surtout le jury, d’être peu crédibles et d’avoir ridiculisé l’institution cannoise. Pour lui, ce n’est pas un mystère que les frères Coen aient récompensé trois films français à travers trois grands prix (palme d’or, interprétation fém, interprétation masc), trois films qui ne méritaient pas le prix (il trouve même que la palme d’interprétation masculine aurait dû récompenser Michael Caine même s’il fait partie de ceux qui détestent Sorentino – moi j’adore – et que pour la féminine, Cate Blanchet la méritait plus qu’une Emmanuel Bercot qui n’est qu’une personnalité et non une interprète selon lui), parce qu’ils sont en contrat avec Studio Canal pour leurs films et donc voilà. Il se demandait même à quel point le festival allait encore survivre avec l’image qu’il a et s’il n’était pas en train d’aller vers autre chose. Il s’est indigné du côté people donné au jury, d’un Dolan se vantant de ne rien connaître au ciné (là, j’avoue que je trouve ça aussi un peu honteux), d’une programmation à la dernière minute du film de Depardieu juste pour le faire venir et de la programmation des films hollywoodiens pour garder Hollywood sans plus lui donner une place dans la sélection officielle.
    J’ai trouvé ça ironique parce que j’avoue ne pas trop avoir vu la différence avec les autres années dans les prix remis mais je me demandais si tu avais entendu des échos similaires…

    • Li-An dit :

      Télérama considère aussi que la sélection de cette année est pauvre mais je n’ai pas encore lu leur compte-rendu. Contester le palmarès étant un sport national au même titre que « entraîneur de l’équipe de France » ou « ministre de l’Éducation », je pense que ça ne sert pas à grand chose de développer là dessus.
      La remarque sur Dolan est intéressante. En quoi ce serait honteux de faire du cinéma sans le connaître ? Faire du cinéma ce n’est pas obligatoirement être cinéphile: regarder un film et le faire sont deux activités très différentes.
      Ça m’interpelle d’autant plus que ces dernières années, on a eu en bandes dessinées des auteurs qui ne connaissaient rien à la BD et qui s’en vantaient – Marjane Satrapi étant l’exemple le plus représentatif puisque non seulement elle n’avais aucune culture BD mais, en plus, il y a peu de chance qu’elle en refasse un jour tellement ça lui est étranger. Ce qui n’a pas empêché le succès que l’on sait et d’être considéré comme une auteure importante – j’ai un avis très mitigé sur la question – au point d’être dans la liste des Grand Prix putatifs.

      • Nicolas dit :

        Je ne pense pas que Dolan ait dit ça comme ça de toute façon. Il fait du cinéma depuis toujours (il a écrit une lettre amusante à di Caprio à l’âge de 8 ans), je ne vois pas comment il pourrait ne rien connaître. Par contre, il avoue honnêtement ses lacunes en interview (ne pas bien connaître Hitchcock par exemple), j’ai tendance à trouver ça plutôt rafraîchissant et je suis plutôt d’accord avec toi : pas la peine d’être une encyclopédie vivante pour pratiquer un art, surtout à une époque où la référence, l’hommage et la citation sont partout.

        Et sinon, la comparaison avec Satrapi est pas mal : les deux personnages sont aussi agaçants l’un que l’autre :-D

        • Li-An dit :

          Et Satrapi semble être une bien plus mauvaise cinéaste que Dolan.
          Par curiosité, je suis allé lire une interview de Dolan à propos de sa culture ciné et, en fait, il revendique surtout des films qui n’appartiennent pas au Panthéon cinéphilique de la critique française. Il dit qu’il n’a pas vu – à une époque – les films d’Almodovar ou Hitchcock (alors qu’on trouvait des ressemblances avec son cinéma) mais il a une culture cinématographique « de son âge ». Il fait remarquer avec justesse que si, à une époque, il n’avait pas vu de Hitchcock, il avait vu de nombreux films modernes où l’inspiration de Hitchcock transparaissait et qu’il a donc été probablement influencé indirectement.<br/
          Je trouve très drôle qu'il dise aimer "Le Seigneur des Anneaux" et ne rien ressentir de profond à la vision des Godard.

          Mais personnellement, je trouve son approche du cinéma réjouissante. Je considère que l'Art est devenu une sorte de religion pleine de saints et de miracles – sans compter les très nombreux marchands du temple – et il faut être sans-gêne pour faire un cinéma jeune et ébouriffant. Après tout, Ford, Lang voire Hitchcock n'avait pas une énorme culture cinématographique quand ils ont débuté leur carrière.
          Évidemment, en ne s’intéressant pas au reste du cinéma, on risque de finir par tourner en rond mais je préfère un bon cinéaste inculte à un cinéaste cultivé et peu doué.

    • Nicolas dit :

      Les films étaient plus faibles que les autres années, c’est vrai et c’était sensible dans toutes les sélections. Je n’ai pas vraiment d’explication. Disons que ça peut arriver, notamment après deux ou trois bonnes années. Une chose qui était fortement perceptible c’était les auteurs européens contraints de faire des films en anglais avec des acteurs internationaux (Lanthimos, Trier, Garronne) à cause des montages financiers de plus en plus compliqués en temps de crise. Je ne sais pas si ça peut être connecté à la question de la qualité par contre…

      Pour le palmarès, je n’aurais pas remis la palme à Dheepan, qui est bien mais certainement pas un grand film. Je n’ai pas vu les deux prix féminins (mais les films ont été unanimement appreciés) et le prix masculin me semble mérité. Les deux autres prix, mise-en-scene et prix du jury, aussi. Le prix que je ne comprends pas trop c’est le scénario pour Chronic.

      Pour les autres choses que tu rapportes c’est du gros nawak.

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