A Perfect Day, de Fernando Leon de Aranoa

A Perfect Day, premier film international du réalisateur espagnol Fernando Leon de Aranoa, nous plonge dans le quotidien d’une équipe d’humanitaires en mission dans les Balkans en 1995. Dit comme ça, il pourrait s’agir de n’importe quel genre de film : un thriller, un drame, un film engagé… mais certainement pas une comédie. C’est pourtant le cas. Le film m’a lointainement rappelé The Search de Michel Hazanavicius, qui était en compétition à Cannes l’année dernière et qui abordait en gros les mêmes thèmes : la guerre, les enfants livrés à eux-mêmes, l’incompétence de la bureaucratie internationale. A Perfect Day n’est pas un film parfait mais il parvient mieux à ses fins, en misant sur l’humour, que le film d’Hazanavicius, qui échouait complètement par excès de pathos.

A Perfect Day est avant tout un film choral. Les différents membres de la petite ONG Aid across borders sont tous campés avec brio par un joli casting international : Sophie (Mélanie Thierry) est une jeune femme pleine de fougue et de convictions qui effectue sa première mission, B. (Tim Robbins) est une tête brûlée qui égaie le film de ses saillies sarcastiques, Mambru (Benicio del Toro) est le leader du groupe. Responsable de la sécurité, il a la tête froide mais il aura plusieurs occasions de perdre ses moyens lorsque l’administration lui mettra entre les pattes Katya, une ancienne conquête chargée de l’évaluation du groupe (Olga Kurylenko). Enfin, Damir (Fedja Dukan) est l’interprète, souvent amené à jouer malgré lui un rôle comique dans le registre du choc culturel.

Balkans obligent, on frôle souvent l’humour absurde à la Kusturica (je pense par exemple à cette technique d’évitement des mines qui consiste à suivre un troupeau de vaches jouant le rôle d’éclaireurs) et les vannes font généralement mouche (le public riait beaucoup à ma séance). Le principal souci du film est de cantonner ses personnages à des rôles un peu trop fonctionnels et statiques, sans parvenir à fournir un arc satisfaisant à chacun d’entre eux ou à créer une vraie dynamique collective (les séquences de dialogue isolent souvent deux ou trois protagonistes).

Le cœur du film est centré sur une mission en apparence anodine : extraire un cadavre tombé au fond d’un puits. La question de savoir comment ce corps est arrivé là, s’il s’agit d’un règlement de compte ou d’une tentative volontaire d’empoisonner l’eau n’est pas totalement claire. Le job des humanitaires n’est de tout façon pas de résoudre ce mystère, leur objectif est plus prosaïque : trouver une corde de remplacement pour leur treuil. Les 2/3 du films sont consacrés à cette quête absurde à force d’échecs, qui devient une véritable métaphore de l’impuissance des ONG. S’il se limitait à cet unique fil conducteur, le récit pourrait être trop linéaire, l’arrivée de Nikola dans le groupe, un gamin de la guerre qui va se joindre temporairement à l’équipe car Mambru lui a promis de lui trouver un nouveau ballon, permet au récit de prendre des chemins de traverse bienvenus (même si on n’échappe pas à deux ou trois clichés des films de guerre au grand cœur).

Malgré tous ses petits défauts, A Perfect Day est l’un de mes coups de cœur cannois cette année. Le principe des montagnes russes émotionnelles (l’alternance de vannes et de moments plus dramatiques) a bien fonctionné sur moi. La fin du film, où les différents problèmes croisés tout au long du chemin se résolvent tous plus ou moins d’eux mêmes, constitue la conclusion parfaite, un happy-end doux amer pour cette comédie originale.

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4 réponses à A Perfect Day, de Fernando Leon de Aranoa

  1. Li-An dit :

    Un casting d’enfer à ce que je vois. Je vois aussi que le thème de ton site n’est pas « responsive » et que Google va te pénaliser pour ça – méchant Google. Il faut dire qu’il pleut à Orléans et c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour gâcher un peu ta journée cannoise :-)

  2. Li-An dit :

    Ah, OK :-) (je m’étais contenté de tester en « réduisant » ma fenêtre). J’aurais mieux fait d’être moins fainéant et tester sur un site dédié.

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