Hrutar (Béliers), de Grimur Hakonarson

Islande. Gummi et Kiddi sont deux frères, éleveurs de moutons et fiers de l’être. Ils ont beau être voisins, ils ne s’adressent plus la parole depuis 40 ans. Ils se contentent de se jeter un regard noir de temps en temps, ou même un coup de chevrotine en cas de conflit. Lorsque leur bétail est atteint de la maladie de la tremblante et doit être abattu, la vie des deux hommes risque de s’effondrer simultanément… Cela faisait plus de 20 ans qu’un film islandais n’avait pas été sélectionné à Cannes. Pour être honnête, j’ai été voir le film par défaut, il n’était pas le premier choix dans mon programme du jour et pourtant j’ai été agréablement surpris.

Hakonarson ne se facilite pourtant pas la tâche pour séduire son public : il ne s’attarde pas sur les superbes paysages islandais et il n’essaie pas non plus véritablement de titiller notre curiosité en nous faisant pénétrer le quotidien d’un éleveur islandais. Le film est âpre, il se focalise entièrement sur la relation entre les deux frères, deux sexagénaires barbus en pull râpés. On sait à peine pourquoi les deux hommes ne s’adressent plus la parole depuis plusieurs décennies tout en cohabitant sur le même lopin de terre – on comprend juste qu’il s’agit d’une obscure question d’héritage (Gummi gère les terres dont l’aîné a sans doute été desherité à cause de son tempérament explosif et de son penchant pour la bouteille)

On perçoit pourtant entre ces deux personnages une sorte d’affection virile qui n’ose pas dire son nom. Lorsque Gummi retrouve le corps de son frère ivre dans la neige, il ne le laisse pas à l’abandon mais il le transporte jusqu’à l’hôpital le plus proche… à l’aide d’un tractopelle ! Le film est ponctué de ces touches d’humour pince-sans-rire qu’on serait tenté de qualifier de british si le film n’était pas islandais (les deux éleveurs communiquent par exemple par messages interposés transportés par un chien qui joue le rôle de coursier !)

À la fin du film, Hakonarson largue définitivement cette histoire de troupeau  infecté dont on n’a, pour être franc, pas grand chose à battre. La reconciliation in extremis des deux frères dans des circonstances innatendues est filmée comme un retour dans l’utérus de leur mère. Le dernier plan, aux connotations quasi mythologiques, est une superbe conclusion pour un beau film.

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