Tale of tales, de Matteo Garrone

imageTale of tales c’est le récit de trois histoires qui se déroulent en parallèle dans trois royaumes imaginaires : dans le premier, une reine (Salma Hayek) est prête à tout pour avoir un enfant mais son obstination va la conduire à sa perte ; dans le deuxième, un monarque lubrique (Vincent Cassel) tombe amoureux d’une femme après avoir simplement entendu le son de sa voix mais il ignore que c’est en fait une vieillarde fripée ! ; enfin, dans le dernier, un petit roi (Toby Jones, vu en savant fou chez Marvel) s’obstine à vouloir dresser une puce plutôt que de marier sa fille…

Le film de Matteo Garrone représente une chose rare : un vrai film de fantasy, avec dragon, ogre et sorcière, en compétition à Cannes.

Il y a une première chose rafraîchissante dans Tale of tales et qu’il faut mettre à son crédit : il y avait longtemps qu’on n’avait pas vu de film de fantasy puiser à d’autres sources que l’épopée à la Tolkien, qui est devenue le canon de ce genre de film. À la television, il y a bien eu le Trône de fer, qui met au premier plan les intrigues et les complots. Mais si Garrone déclare s’être beaucoup inspiré de la série de HBO, ses modèles remontent bien plus loin, aux racines mêmes de la fantasy : les contes de fée.

Son film est en effet une adaptation libre du Conte des contes de Giambattista Basile, un recueil de récits populaires du XVIIe siècle, qui a devancé ceux, plus connus, de Grimm, de Perrault et d’Andersen. On retrouve dans Tale of Tales, le mélange d’imaginaire et de brutalité extrême de ces anciennes histoires, peu à peu aseptisées par Disney et compagnie.

Sur le plan visuel aussi, il y a un petit côté retour aux sources : le film s’appuie davantage sur des matte painting, des décors naturels, de superbes costumes et des effets mécaniques plutôt que sur des images de synthèse (qui sont rares et plutôt ratées). La patine du film rappelle lointainement le style de certains illustrateurs comme Arthur Rackham ou même les peintres préraphaélites. Visuellement, c’est plutôt une réussite.

C’est autre chose sur le plan thématique et narratif. On voit sans trop de peine l’unité qui lie les trois récits : il y a toujours un roi despotique, des doubles et des métamorphoses, des caprices cruellement punis par le destin, mais on peine à voir où Garrone veut en venir au juste. Probablement nulle part en particulier. Contrairement aux contes de fées traditionnels, il n’y a pas de morale toute faite au bout du compte, même pas cruelle. Du coup, la conclusion des trois histoires est particulièrement ratée et l’enchevêtrement des récits peine à cacher le fait qu’on a en fait affaire à un film à sketchs (qui aurait pu faire une chouette mini-série).

Le réalisateur italien n’applique pas non plus de réel twist à la riche matière originelle dont il s’empare. Certes, on peut voir dans cette vieille qui se fait littéralement tirer la peau une allusion narquoise aux liftings actuels. Oui, cette princesse qui doit se sauver elle-même sans compter sur son père ou sur le prince charmant ressemble un peu à une fille d’aujourd’hui. Mais ce genre de clins d’oeil n’est pas suffisant pour constituer une relecture moderne du conte de fée.

Tale of tales est un beau livre d’images mais il manque au film un parti pris, un regard, qui lui permettrait d’être autre chose qu’une jolie chromo. Il séduira sans aucun doute quelqu’un comme Guillermo del Toro qui fait cette année partie du jury à Cannes – un prix de la mise-en-scène n’est pas à exclure – mais il laissera beaucoup de spectateurs sur leur faim.

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2 réponses à Tale of tales, de Matteo Garrone

  1. Li-An dit :

    Ah c’est intrigant. Dommage que ça ne donne pas une histoire « moderne » en effet. Personnellement, je considère les films de Peter Jackson comme une catastrophe visuelle en imposant des couleurs verdâtres/grisâtres un peu désespérantes (mais on retrouve ça dans toute une série de films à effets spéciaux de l’époque au point que j’ai cru que ça simplifiait justement les effets spéciaux mais on m’a dit que non), des designs sans réelle poésie ou originalité marquante.
    Quant à Game of Throne, elle a la chance de présenter des atmosphères différentes ce qui diversifie agréablement les aspects visuels.
    Mais bon, ça reste des grosses épées et armures et des filles en robes de tulle…

    • Nicolas dit :

      Tout à fait d’accord sur ce problème de couleurs. Il y a sur YouTube un bonus de Bilbo où on voit Jackson travailler sur l’étalonnage du film et le résultat est super laid: il y a trop de possibilités d’altération de la photo originale et le résultat final est juste une bouillie numérique.

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