Mad Max : Fury Road, de George Miller

madmaxDans un univers post-apocalyptique où la terre est devenue un gigantesque désert, Max, un ancien flic hanté par son passé, tombe entre les mains d’Immortan Joe, un seigneur de guerre qui règne sur une population affamée en lui accordant avec parcimonie l’accès à la source d’eau qu’il contrôle. Lorsque Furiosa, l’un des bras droits de Joe, s’enfuit de sa citadelle en emportant avec elle une immense citerne d’essence et les concubines du tyran qu’elle veut conduire vers la liberté, Max profite du désordre général pour s’évader…

30 ans après Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre, Fury Road marque le grand retour de George Miller à sa franchise phare. Tom Hardy succède à Mel Gibson dans le rôle de Max. Quant à Miller (70 ans au compteur), il démontre qu’il en a encore sous le capot.

L’univers de Mad Max n’a jamais été d’une très grande cohérence, les différents films sont liés ensemble par une série de gimmicks plutôt que par une véritable unité narrative. Parmi ces constantes : l’idée d’une ressource plus précieuse que tout, l’essence ou l’eau dans les précédents opus, auxquels il faut désormais ajouter le sang (Max est fait prisonnier pour devenir « globulard », une réserve vivante d’hémoglobine saine pour les rejetons dégénérés de Joe). Ces différentes substances, eau/essence/sang, ont toujours une fonction identique : faire carburer les corps, les machines et les âmes.

Fury Road fonctionne un petit peu suivant le même principe : quelques minutes d’exposition (à peine) fournissent à Miller le nectar suffisant pour remplir le réservoir du film d’archetypes, d’images et d’enjeux élémentaires, avant de l’envoyer filer à toute allure droit devant lui.

Si vous avez vu les précédents Mad Max, vous vous souvenez sans doute des courses poursuites du 1, des courses poursuites du 2… et des courses poursuites du 3. Dans ce quatrième épisode, Miller a coupé absolument tout le gras des autres films et propose une interminable course de plus de 2 heures, toute en poussière, en sueur, en crissements de métal et en explosions de nitroglycérine.

En entendant un autre réalisateur vous dire que son film est une course effrénée non stop, vous auriez probablement tendance à penser qu’il s’agit d’un raccourci ou d’une formule publicitaire un peu excessive. Avec George Miller, vous auriez tort : Fury Road est littéralement une gigantesque poursuite quasiment ininterrompue.

Est-ce que cela signifie que le film est aussi creux qu’une compétition de formule 1 ? Oui, un petit peu fatalement, mais c’est aussi un torrent d’énergie, d’inventivité et de virtuosité brute et sidérante. Miller a toujours été un formaliste. A Hollywood, il a été l’un des premiers promoteurs du monomythe de Joseph Campbell (la théorie selon laquelle tous les récits mythologiques suivent une structure semblable baptisée « voyage du héros » que le cinéma américain a remixé à toutes les sauces depuis plus de trente ans). Fury Road est un film formaliste mais il va un cran au dessus du structuralisme à la Campbell, il atteint une forme de narration presque purement spatiale, géométrique et cinétique : l’élément déclencheur est un virage à 90°, les péripéties sont des ralentissements, le retournement final est littéralement un retour en arrière, etc.

Les trois grosses scènes d’action qui composent le film (et qui ont toutes été saluées par des acclamations enthousiastes dans le Grand Théâtre Lumière de Cannes ce matin) suffisent à détrôner Gravity de son piédestal de rollercoaster-movie ultime. Fury Road marque un jalon dans l’histoire du film d’action, non seulement par son inventivité et sa virtuosité, mais aussi parce que, contrairement au film de Cuarón, et malgré des effets numériques nombreux et bien présents (Miller laisse un peu entendre le contraire dans ses interviews) il sent la sueur, la crasse et les tripes.

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8 réponses à Mad Max : Fury Road, de George Miller

  1. Li-An dit :

    Je pensais le zapper mais il y a de chouettes visions dans cette bande annonce… Après, je risque quand même de m’ennuyer – l’action ne me suffit pas pour me distraire.

  2. lorhkan dit :

    Vendu ! J’y vais mardi. :)

    • Nicolas dit :

      Je suis un peu déçu parce que beaucoup de gens n’ont pas aimé autour de moi (rejet sans équivoque de la part des filles notamment). Ca m’a un peu douché… Je pense quand même que tu vas bien kiffer !

  3. Escrocgriffe dit :

    Je fais partie des très rares déçus hommes :) Je n’ai pas été sensible à l’argument  » le retournement final est littéralement un retour en arrière ». Comme tu le dis si bien dans ton article équilibré (que j’apprécie), en dépit de certaines qualités (l’action incessante) le film est aussi « creux qu’une compétition de formule 1 ». Je trouve que ce long-métrage mangue d’émotion, et l’humour que j’appréciais dans les trois premiers volets semble s’être volatilisé… Tempus fugit :)

  4. Li-An dit :

    Moi je suis finalement allé le voir – mon frangin n’avait pas eu l’occasion et c’était sur sa liste de choses à faire en France – et j’ai pris beaucoup de plaisir.
    En fait, on se rend bien compte qu’il y a tout un background qui a été évacué au final – les rapports entre les trois cités/frères et les échanges de ressource – mais les personnages impliqués dans la pourse coursuite sont magnifiquement construits et fonctionnent très bien. Moi qui ne supporte pas les films de super héros – à la télé, je zappe facilement dès qu’une scène d’action commence dans ce genre de film – j’ai pris beaucoup de plaisir dans le délire visuel de Miller.
    En fait, je crois que c’est l’épisode pour lequel j’ai pris le plus de plaisir. Probablement parce que le côté onirique est encore plus marqué.

  5. jpax dit :

    Je partage entièrement vos avis. J’ai été enchanté par ce film dont la profondeur dépasse le délire en nous plongeant dans une culture de fin du monde, mais pas si éloignée de nos préoccupations actuelles de déplacements de masse et de réchauffement planétaire.

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