Puzzle, de Paul Haggis – Le mindfuck est-il à bout de souffle ?

puzzleDe temps en temps, je rentre dans une salle de cinéma au hasard pour voir un film dont je ne sais rien. Lorsque j’ai pris mon ticket pour Puzzle de Paul Haggis, je pensais voir un drame romantique. Le film entrelace trois histoires apparemment sans liens : à Paris, un écrivain ayant quitté sa femme retrouve sa maitresse ; à Rome, un homme d’affaire peu scrupuleux tombe amoureux d’une bohémienne ; à New-York, une mère accusée de maltraitance essaie de reprendre contact avec son fils. Il y a entre chacun de ces récits des échos mais également des hiatus et de subtiles contradictions. En fait, Puzzle n’est pas un drame romantique. Le film appartient à un genre qui fleurit depuis 20 ans : le mindfuck.

Qu’est ce que le mindfuck ?

Autant le dire tout de suite : je prends le film de Haggis comme un simple point de départ pour évoquer ce genre qui m’est cher mais qui traverse actuellement une crise sérieuse que je vais essayer de diagnostiquer.

Malgré son casting de luxe (Liam Neeson, Adrian Brody, James Franco, Kim Basinger…), Puzzle a fait un four et à juste titre. Les trois sous-histoires sont relativement dénuées d’intérêt. La pirouette finale est peu convaincante et, même si elle contribue à rattraper certains défauts dans ce qui précède, elle m’a laissé une impression de futilité et d’arnaque intellectuelle – comme cela a été le cas ces derniers mois avec les différents films usant, à un degré ou à un autre, des mêmes stratagèmes : Lost River de Ryan Gosling, Real de Kiyoshi Kurosawa, The Double de Richard Aoyade, Enemy de Denis Villeneuve, Predestination des frères Spierig… Je cite des films très différents qui ne semblent pas constituer un tout cohérent. Comment définir le mindfuck ? Le plus simple est d’énumérer certains traits récurrents.

J’en retiens quatre principaux :

1) L’identité personnelle et la réalité sont des leurres
Un mindfuck se caractérise avant tout par un thème central aussi visible que le nez au milieu du visage et que l’on pourrait formuler ainsi : « l’identité personnelle et/ou la réalité qui nous entoure n’ont pas de fondements solides. Ils peuvent s’effondrer à tout moment. » Cette thèse monolithique est déclinée à travers des figures récurrentes qui deviennent vite familières pour un amateur du genre. Ces films sont en effet peuplés d’amnésiques, de schizophrènes, de mythomanes, de jumeaux, de doubles, de clones ou d’androïdes. Ils explorent toutes les intersections possible entre le réel et ses contrefaçons : folie, mensonge, fantasme, rêve, fiction, univers parallèles ou réalité virtuelle.

2) Un twist ou une révélation finale…
Un mindfuck se conclut souvent par un gigantesque twist qui remet en question tout ce qui précède (par exemple, le narrateur était en train de rêver, ou bien il est schizophrène, ou bien il est mort depuis le début…) Dans sa poétique, Aristote appelait « anagnorisis » le moment crucial d’une tragédie qui « conduit de l’ignorance à la connaissance » (Poétique, XI). Dans un mindfuck, l’anagnorisis fait fréquemment l’objet d’un traitement stéréotypé qui rappelle le moment où le meurtrier est démasqué dans un film policier : il s’agit d’un montage où le son et l’image sont disjoints. Des fragments visuels et sonores semblent refaire surface involontairement dans la conscience du spectateur. L’ensemble des indices disséminés dans le film se rassemblent alors pour former une image totalement nouvelle du récit qui vient de se dérouler. Les scènes de fin du Sixième Sens ou de Usual Suspect sont de bons exemples d’anagnorisis.

2 bis) …Des signes indéchiffrables et l’absence de conclusion univoque
Si l’anagnorisis prend la forme d’une récapitulation c’est parce que le film est parsemé de signes qui préfigurent cette fin mais qui ne sont pas déchiffrables à l’instant où ils apparaissent. Ces signes peuvent être des fragments de souvenirs, des images oniriques ou, plus littéralement, des traces, des hiéroglyphes, des indices ou des symboles à déchiffrer, voire même des objets-fétiches ou transitionnels (beaucoup de réalisateurs de mindfuck ont des tendances fétichistes). Souvent, la ruse du film réside dans le fait que ces signes ne renvoient en fait… à rien (Memento, Fear X) – un personnage enquête par exemple sur un crime ou un meurtrier qui n’existent pas, ou bien l’enquêteur est lui-même le coupable mais il l’a oublié (Memento, Spider, The Machinist, Predestination…) Dans les films les plus pervers, il n’y a pas d’anagnorisis. Le spectateur est abandonné face à un réseau de signes indéchiffrables. L’interprétation de l’histoire reste ouverte, incertaine ou équivoque.

Les protagonistes d’un mindfuck sont confrontés à une prolifération de signes (Fear X, Enemy)…

…Parfois inscrits dans leur propre corps (Memento, L’Antre de la folie)

3) Une structure narrative non-linéaire
Il y a souvent des schizophrènes et des aliénés dans un mindfuck, mais ce n’est pas suffisant : d’une certaine façon, il faut que le film lui-même soit fou. De la même manière, un mindfuck ne doit pas seulement inclure des signes que les protagonistes cherchent à déchiffrer mais il doit lui-même être un hiéroglyphe : les différentes séquences doivent ressembler à des signes épars que le spectateur lui-même doit s’efforcer d’interpréter.1 Le réalisateur aura par conséquent recours à des techniques narratives ou de mise en scène déroutantes et fragmentaires telles que des focalisations multiples ou des narrateurs fallacieux, des récits gigognes ou des montages parallèles, des séquences psychédéliques, des flashbacks et des flashforwards, des jump cuts, des inserts ou même des images subliminales (Memento, Fight club). La structure du récit sera souvent répétitive (VertigoSource Code, Coherence) ou circulaire, avec la fin et le début qui se rejoignent pour former une totalité close (Ne vous retournez pas, Le Locataire, Lost Highway, Le Prestige).

4) Le film est troublant, le spectateur est perplexe
Comme son nom l’indique, le mindfuck tente de produire sur le spectateur un effet bien particulier : un mélange de jubilation, de malaise et de perplexité qui se cristallise dans des questions sans réponses. Je vais éviter de faire de la philosophie de pacotille mais il y a quelque chose de typiquement postmoderne dans le mindfuck. Ces films parlent de la faillite de nos grands concepts (identité, vérité, réalité) et de notre incapacité à cerner la nature des êtres et des choses malgré la prolifération des signes qui nous entourent. On est vraiment en plein Baudrillard : les signes fourmillent mais il n’y a plus d’univers de référence auquel les mesurer.2 C’est un fait bien connu : les Wachowski font plusieurs fois référence à Baudrillard dans Matrix. Mais Matrix est-il vraiment un film mindfuck ? Le philosophe suggère que non car il « ne suscite pas vraiment le trouble » : « ou les personnages sont dans la Matrice […] ou ils sont radicalement en dehors […] Or ce qui serait intéressant, c’est de montrer ce qui se passe à la jointure des deux mondes. » (Le Nouvel Observateur, 2003, n°2014Le mindfuck est tout sauf binaire.

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Simulacre et Simulation de Baudrillard dans Matrix. Plus tard dans le film, Morpheus accueille Néo dans « le désert du réel », une phrase extraite du livre.

Aucun des différents traits que je viens d’énumérer n’est suffisant pour reconnaitre à coup sûr un mindfuck mais lorsqu’ils sont tous réunis, ils forment un véritable tableau clinique. Il y a bien évidemment des cas limites difficiles à catégoriser ou des films qui se contentent de flirter avec le genre. Dead Again de Kenneth Branagh joue avec les codes du mindfuck mais ne bascule jamais vraiment dedans (le film est trop littéral). Citizen Kane remplit quant à lui la plupart des conditions sans être pour autant un exemple typique. Parfois, une simple pichenette peut être décisive. Blade Runner, dans le montage qui est sorti en salle, est un excellent film de SF qui joue avec les codes du film noir. Les quelques ajouts de Ridley Scott dans son director’s cut le propulsent en plein mindfuck (ces ajouts sont : la suppression de la voix off qui renvoyait à une subjectivité rassurante, totalisante et signifiante ; l’insert onirique représentant une licorne ; l’absence de happy-end et de conclusion-résolution ; une question insoluble : Deckard est-il un replicant ?)

Le mindfuck à travers les âges

Le mindfuck a de grands précurseurs : Le Cabinet du docteur Caligari (1920), Vertigo (1958), L’année dernière à Marienbad (1961), La Jetée (1962), Carnival of souls (1962), 2001, Odyssée de l’espace (1968), Le Locataire (1976)… Deux remarques concernant cette brève généalogie : d’abord, ces œuvres entretiennent une filiation évidente au point de souvent se citer mutuellement comme Vertigo / La Jetée / L’Armée des douze singes, ce qui confirme l’hypothèse d’un genre à part entière. D’autre part, c‘est à partir du milieu des années 90 que le genre expose véritablement, avant cette date on parle à peine d’une poignée de films par décennie.

Hommages successifs : 1) Vertigo et La Jetée, 2) La Jetée et L’Armée des douze singes

C’est Arnold Schwarzenegger qui contribue à populariser le terme « mindfuck » en 1990 dans une réplique célèbre de Total Recall (« It’s the best mindfuck yet »). Entre 90 et 2005, intervalle qu’on peut considérer comme l’apogée du genre, il y a littéralement des dizaines et des dizaines de films qui sont proches de l’idéal du mindfuck : L’Échelle de Jacob d’Adrian Lyne (1990), L’Antre de la folie de John Carpenter (1994), Usual Suspects de Bryan Singer (1995), Abre los ojos d’Alejandro Amenabar (1997), Fight club de David Fincher (1999), Perfect Blue de Satoshi Kon (1999), eXistenZ de David Cronenberg (1999), Sixième Sens de M. Night Shyamalan (1999), Memento de Christopher Nolan (2000), Donnie Darko de Richard Kelly (2001), Vanilla Sky de Cameron Crowe (2001, remake de Abre los Ojos), Mulholland Drive de David Lynch (2001), Fear X de Nicolas Winding Refn (2003), The Machinist de Brad Anderson (2004), etc., etc. Ce sont de simples exemples. On trouve facilement sur Internet de nombreuses listes plus ou moins consensuelles mais toujours bien achalandées. Le pic quantitatif et qualitatif se situe manifestement aux environs de l’an 2000 (ce n’est sans doute pas un hasard si c’est également pendant cette période qu’Hollywood lance plusieurs adaptations des œuvres de Philip K. Dick).

Grandeur et décadence du mindfuck

Le mindfuck est l’un de mes genres préférés, non seulement au cinéma mais tous supports confondus. C’est peut-être dû au fait que la bande dessinée Cyrus d’Andreas (un chef d’œuvre du genre) fut l’un de mes premiers chocs esthétiques. Sur ce blog, j’ai également chroniqué tous les romans de Christopher Priest, qui est un pape du mindfuck littéraire.

Le mindfuck a atteint des sommets ces dernières années et son rayonnement est incontestable (la plupart des films cités plus haut sont considérés comme des classiques ou des films cultes). Il a également donné lieu à quelques catastrophes industrielles, comme l’illustre la carrière en dents de scie d’un M. Night Shyamalan ou la faillite de Nicholas Wending Refn après l’échec de Fear X. Aujourd’hui, le mindfuck est partout. On retrouve ses tics, ses thèmes et ses structures narratives dans des blockbusters d’action (Inception, Total Recall) autant que dans des films d’auteur fauchés (Ink, Another Earth, Coherence).

Le problème c’est qu’en se massifiant le mindfuck a commencé à donner naissance à des films moyens (Puzzle) ou même franchement mauvais (Fenêtre secrète) – ce qui était resté jusque là marginal dans son histoire plutôt glorieuse. Certains réalisateurs sont devenus des spécialistes attitrés (Lynch, Shyamalan, Nolan, Kelly…). Les artifices qui semblaient si novateurs avant l’an 2000 ont peu à peu perdu leur charme pour devenir de simples gimmicks. Le cas des frères Nolan est particulièrement édifiant : les deux cinéastes sont de tels habitués du genre que les spectateurs se sentent obligés d’échafauder des hypothèses et des interprétations biscornues de leurs films, y compris lorsque ce n’est pas vraiment justifié (sur Internet, The Dark Knight Rises et Interstellar ont suscité des discussions passionnées pour savoir si l’épilogue du film n’était pas un rêve « en fait » ou si le personnage principal n’était pas mort « en fait » alors que ce n’est de toute évidence pas le cas).

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Ne vous laissez pas avoir par le regard perplexe de Michael Caine et les effets de manche de Christopher Nolan : ceci n’est pas un mindfuck (la fin de The Dark Knight Rises).

Tous ces films qui s’enchaînent commencent à se répéter dangereusement, d’autant plus que la littérature balise depuis longtemps ce territoire où sont transgressés à la fois « l’ordre du monde et les lois de la fiction. »3 Si je reviens à mon exemple initial, Puzzle présente des ressemblances frappantes avec l’œuvre de Christopher Priest en général et avec un roman en particulier. En fait, cette ressemblance est tellement énorme que le simple fait de mentionner le titre du roman constitue un spoiler, je développe donc ce point dans une note en bas de page.4 Selon moi, ces redites relèvent moins du plagiat ou de la copie que d’un épuisement du genre (on a reproché à Nolan de plagier Satoshi Kon et Alain Resnais, à Refn et à Kelly d’imiter Lynch, et ainsi de suite). En fin de compte, il n’y a rien qui ressemble plus à du mindfuck que du mindfuck.

Le dernier et le plus grave problème du mindfuck se trouve encore ailleurs. Pour être efficace, un bon mindfuck doit mettre le spectateur dans un état de perplexité proche du désarroi : il doit être incapable d’expliquer les événements auxquels il vient d’assister, tout en étant bluffé par leur incroyable cohérence. Ma thèse est que le public n’est plus capable d’éprouver ce type d’expérience. Désormais, le premier réflexe d’un spectateur qui ressent un doute face à un film est de se précipiter sur un forum Internet, sur Reddit, sur Imdb ou sur Allociné, autant d’espaces où les films sont analysés et décortiqués sous tous les angles dès leur sortie. Pour les films « compliqués », de longues vidéos explicatives, de véritables « modes d’emploi », sont très rapidement mis en ligne. Par exemple, pour Enemy de Denis Villeneuve, la recherche « Enemy analysis » sur YouTube renvoie trois vidéos de ce style : 

Ce genre d’analyse – parfois conduite de façon collégiale sur les forums Internet – prive les films d’une grande partie de leur aura en les réduisant à l’état de simples casse-têtes. Démêler un film comme s’il s’agissait d’une énigme pourrait être un jeu amusant mais ce n’est généralement pas le cas, parce que le mindfuck est un genre qui se veut mystérieux, profond et insondable : c’est jubilatoire de démêler un casse-tête, ça l’est beaucoup moins de deviner les astuces d’un tour de magie. Décrypter un mindfuck est toujours décevant parce que c’est une opération qui revient toujours à la même conclusion : le réalisateur s’est bien moqué de vous. Dans le pire des cas, les effets de manche, les incohérences, les ellipses et les non-dits du film seront pointés du doigt et férocement raillés par des observateurs tatillons et cyniques comme l’odieux connard. Une façon intéressante de désamorcer ce piège est d’inclure dans le film toutes les spéculations futures des internautes (comme dans Coherence où les personnages essaient de comprendre en même temps que nous ce qui leur arrive). Une autre possibilité est d’assumer pleinement le principe ludique du film à décoder (je pense par exemple aux deux films de Shane Carruth, Primer et Upstream Color – qui sont volontairement pensés comme des problèmes à résoudre par les spectateurs)

L'un des nombreux schéma qu'on trouve sur Internet pour expliquer le film Primer

L’un des nombreux schémas qu’on trouve sur Internet pour expliquer le film Primer

Pour moi c’est clair : le développement d’Internet aboutit à la mutation forcée, assumée ou pas, du mindfuck en « film-puzzle. » Dans un texte écrit en 1996 (« Dette mondiale et Univers parallèles »), Baudrillard affirmait qu’Internet était l’un des derniers avatars de la « disparition de l’univers référentiel. » Je ne pense pas que l’histoire lui ait donné raison. Si le XXe siècle se caractérise par un phénomène d’atomisation et de perte des identités, Internet a – au moins partiellement – un effet contraire : certains réseaux sociaux, où des communautés d’internautes passionnés par un même sujet peuvent se réunir, prendre la parole, échanger et argumenter, injectent un surcroît de dialectique, de collaboration et d’identité dans nos vies. Les signes indéchiffrables du mindfuck nous impressionnent de moins en moins parce qu’il est plus facile de berner un spectateur isolé que l’intelligence collective du web. C‘est Internet qui a tué le mindfuck.

La bande annonce de Puzzle :

  1. Pour ces deux raisons, Un Homme d’exception de Ron Howard n’est pas un mindfuck malgré le protagoniste schizophrène, son obsession pour les messages cachés, les personnages imaginaires et les scènes d’hallucination. []
  2. Il est particulièrement intéressant de constater que lorsque Baudrillard exprime ses idées sous une forme concentrée et métaphorique, elles ressemblent à un mini-scénario mindfuck : « Ceci est l’histoire d’un crime – du meurtre de la réalité […] ni les mobiles ni les auteurs n’ont pu être repérés, et le cadavre du réel lui-même n’a jamais été retrouvé […] Si les conséquences du crime sont perpétuelles c’est qu’il n’y a ni meurtrier ni victime. S’il y avait l’un ou l’autre, le secret du crime serait levé un jour ou l’autre, et le processus criminel serait résolu […] En dernière analyse, le meurtrier et la victime sont une seule personne » (Le Crime parfait, Galilée, 1995) []
  3. Je cite presque littéralement la définition de la transfiction par Francis Berthelot dans La Bibliothèque de l’Entre-Mondes, Folio, 2005 []
  4. Puzzle ressemble beaucoup au Glamour. Comme dans Le Glamour, tous les personnages du film sont en fait les créations d’un romancier. Les chevauchements impossibles entre les différentes histoires s’expliquent parce qu’elles se déroulent toutes dans le cerveau de l’auteur. Comme dans Le Glamour le chevauchement le plus visible prend la forme d’un message écrit qui passe d’un monde à l’autre – une carte postale chez Priest, une note griffonnée sur un post-it chez Haggis. []
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12 réponses à Puzzle, de Paul Haggis – Le mindfuck est-il à bout de souffle ?

  1. Lune dit :

    Merci pour cet article très intéressant. Quoiqu’il en soit, je m’interroge tout de même sur la fin d’Interstellar, parce qu’à la limite je préfèrerai rester dans une vision onirique qui me semble plus vraisemblable que la fin si on la pense de façon « réaliste » (si c’est possible pour Interstellar de parler de réalisme – j’ai adoré ce film).

    Il me semble qu’au regard de ton article, je sois moi aussi une grande fan du mindfuck. (ce qui se lie pas mal avec le paradoxe temporel donc je suis également une grande fan, donc, logique).

    Et loué soit Christopher Priest.

    • Nicolas dit :

      En effet les voyages dans le temps sont un moyen commode de dupliquer les individus et les univers. Il y en a beaucoup dans les films que je cite !

      Concernant Interstellar, sans relancer le débat, cette impression d’onirisme est justifiée mais elle vient surtout (exclusivement ?) de la mise en scène de Nolan qui termine souvent ses films de la même manière (succession de plans fixes, musique surmixée, titre qui tombe comme un couperet). Je note aussi que dans certaines interviews, Jonathan Nolan s’autorise à clarifier la fin d’Interstellar (là par exemple: http://m.uk.ign.com/articles/2014/11/08/jonathan-nolan-interstellar-spoilers), ce qui serait bien sûr impensable dans un film où la fin est vraiment ouverte (comme Inception).

  2. Li-An dit :

    Voilà un article fort savant qui m’a appris des concepts et des mots – que je vais m’empresser d’oublier parce que je suis fainéant.

    J’avoue que je me découvre amateur de ce genre de films mais version Hitchcock (dans Vertigo, on a recréation du double et sa révélation parallèle – ce n’est pas le mensonge qui intrigue mais ses conséquences sur le personnage) ou Lynch (qui n’explique rien et dont la logique est onirique si bien qu’on peut débattre sans fin). J’aimerai bien revoir Memento et le montrer au fiston.

    Je crois que tu exagères l’effet du Web sur les spectateurs: la plupart iront voir le film parce qu’ils sont intrigués sans chercher à en connaître les ficelles à l’avance. La vraie différence c’est que tu peux retrouver tous les indices sur le Web alors qu’avant l’invention du magnétoscope, c’était quasi impossible. Mais ceux qui s’intéressent à ce genre de choses ont vu et adoré le film – hors trolls.

    • Nicolas dit :

      Ho, « savant », n’exagérons rien !

      Pour l’effet web, oui j’exagère peut-être mais j’aime bien finir sur cette note dramatique et radicale :-D

      En fait, je me demande si le renouvellement du genre ne va pas passer par internet en assumant pleinement la dimension ludique que j’évoque en passant. En ce moment, il y a beaucoup de gens qui essaient d’écrire des récits qui se déploient sur différent médias (cinéma, télé, web, imprimé…) et qui intègrent un peu d’interactivité du côté des spectateurs. Spielberg avait essayé de faire ça pour A.I., Abrams pour Lost. Ce serait intéressant d’avoir un film qui raconterait une histoire un peu mystérieuse à l’écran. Ensuite en fouillant sur le web, on trouverait des indices menant vers une toute autre interprétation ou une toute autre conclusion (le coupable du film serait innocent par exemple). On pourrait imaginer des forums où certaines contributions viendraient en fait de membres de la production qui se feraient passer pour des internautes ou mêmes pour des personnages du film. Il y a des embryons de choses comme ça aujourd’hui, je pense que ça va prendre de l’ampleur (ou pas !…)

  3. Cachou dit :

    Et donc, tu as vu « Coherence »?
    Pour « Puzzle », à voir la bande annonce, j’ai eu l’impression que les histoires étaient toutes racontées par un écrivain, un truc comme ça. Du coup, j’aimerais bien savoir ce qu’est la résolution du truc (non, pas envie de le voir)…

    • Nicolas dit :

      Oui, je l’ai vu (en fait, j’ai écrit ce billet suite à notre discussion sur twitter l’autre soir !) J’ai trouvé Coherence sympa même si ce n’est rien d’autre qu’un épisode de la quatrième dimension filmé caméra sur l’épaule.

      Pour Puzzle (attention spoiler) je n’avais même pas vu la bande annonce et tu as vu juste pour le twist sauf que (double twist) l’histoire de l’écrivain est elle même fausse. Très très similaire au Glamour de Priest.

      • Cachou dit :

        Oh, oui, bien vu pour le rapprochement de la quatrième dimension, c’est tout à fait ça. Ce qui me rappelle que j’aimerais bien avoir les épisodes originaux en DVD…
        Pffff, les doubles twists, c’est rarement bon…

        J’essaie de voir Real depuis un certain temps, il me manque juste des sous-titres…

        • Nicolas dit :

          Alors Real, le souvenir est lointain mais je me rappelle bien que j’avais trouvé ça catastrophique. Surtout la fin, non seulement mindfuck mais même carrément What-the-fuck. Tu me diras quand tu l’auras vu.

  4. Escrocgriffe dit :

    Article passionnant, je suis entièrement d’accord sur l’idée que depuis Usual Uspects et Sixième Sens, Hollywood s’est emparé du mindfuck, sombrant parfois dans le ridicule (la fin de Sex Crimes en 1997…). En fait, le souci c’est que le thème de la schizophrénie est tellement cliché que pour des chefs d’oeuvre tels que Memento ou Fight Club, on a subi quantité de mauvais films, il faut vraiment des réalisateurs du calibre de Nolan ou Fincher pour renouveler le genre, amener de la subversion. Pour moi, Prisoners est symptomatique de la dérive du genre : j’ai aimé ce film, vraiment. Mais je trouve que le scénario a un côté trop brouillon, pour moi le réalisateur s’est autant perdu que ses personnages.

    Merci encore pour cet article, très agréable à lire !

    • Nicolas dit :

      Parmi les grands noms il faut citer Lynch aussi qui creuse ce sillon de façon tres personnelle depuis longtemps. Écrire cet article m’a également donné envie de revoir des films de Satoshi Kon.

      Prisoners je ne considère pas ça comme un mindfuck mais j’ai un peu le même avis que toi sur le film. Je trouve que Villeneuve est un realisateur qui tourne un peu trop à vide, en se reposant sur ses talents techniques (indéniables)

  5. Escrocgriffe dit :

    C’est clair que Lynch est un sacré cinéaste… Je me rappelle encore de ma première vision d’Eraserhead, j’ai passé les jours suivants à me demander si j’avais aimé ou pas ce film, il m’a vraiment perturbé ! :D

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