Foxcatcher, de Bennett Miller

foxcatcher-posterJohn du Pont (Steve Carell) est un homme richissime qui cherche à rentrer dans l’histoire en faisant remporter aux États-Unis une médaille Olympique. Il prend contact avec Mark Schultz (Chaning Tatum), un champion de lutte qui connait un creux dans sa carrière. En échange d’une somme colossale, le sportif accepte de venir vivre et s’entrainer à Foxcatcher, une immense résidence de 150 hectares. C’est l’occasion pour Mark de s’émanciper de son grand frère Dave (Mark Ruffalo), un entraineur de génie, charismatique et protecteur mais étouffant. Après s’être brouillé avec Mark, Du Pont fait appel à Dave pour entrainer l’équipe nationale de lutte. Une relation ambigüe s’instaure entre les trois hommes.

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Je n’ai pas trouvé le temps d’écrire ce billet alors que j’étais à Cannes mais Foxcatcher (qui a obtenu le prix de la mise-en-scène) fait partie des films que j’ai préférés cette année.

Le long métrage de Bennett Miller a tout du « film-à-oscar » : histoire vraie, réalisateur déjà primé en 2006 pour Truman Capote, acteur comique en contre-emploi (Steve Carrell, méconnaissable sous son maquillage). Foxcatcher, c’est aussi un « film-à-message. » Le générique s’ouvre sur des images de chasse à courre et John du Pont, le multimilliardaire égoïste et obsédé par la reconnaissance n’a de cesse de clamer son amour des États-Unis et des valeurs patriotiques. Le message est clair : le film n’est pas seulement l’adaptation d’un fait divers, il parle également des rapports de domination, du pouvoir des classes aisées, et de l’Amérique.

Au final, ce n’est rien de tout cela que je retiens et encore moins l’idée d’un film sur la lutte gréco-romaine ! Une semaine après l’avoir vu en salle, le souvenir de Foxcatcher que je conserve est celui d’un film… de vampire, avec Carrell dans le rôle de Nosferatu (avec son faux nez, son teint grisâtre et sa voix bizarre, on n’en est vraiment pas loin sur le plan physique), Chaning Tatum en victime consentante et Mark Ruffalo qui campe un Van Helsing imperturbable, véritable bloc d’intégrité, qui affronte son adversaire en le regardant droit dans les yeux et en s’asseyant à sa table.

Comme dans un film de vampire, il y a un sous-texte sexuel qui est perceptible dans Foxcatcher. D’abord, les rapports entre les trois hommes font vaguement penser à un triangle amoureux (c’est d’ailleurs l’un des points forts du film : mettre en scène un rapport de domination qui ne se limite pas à la relation binaire bourreau/victime). Mais surtout, il s’agit de lutte et on voit beaucoup de corps d’hommes en train de s’étreindre. Le plus fascinant chez Dupont – personnage prétentieux et chétif, mais également craint et respecté – ce n’est pas son argent, son hélicoptère ou sa maison gigantesque, mais la façon dont son pouvoir s’applique directement sur les corps et les prive littéralement de leur énergie. Lors des entrainements, les sportifs olympiques s’interrompent et se mettent au garde à vous pour écouter les conseils grotesques du coach milliardaire. Dans les scène de lutte auxquelles il participe, les corps puissants des lutteurs ploient sous ses membres grisâtres.

Foxcatcher-Steve_Carell-002

Un Steve Carell flippant à souhait

Foxcatcher, c’est également l’adaptation d’un fait divers sordide. Miller cède au rituel habituel pour ce genre de film : un carton d’ouverture précise qu’il s’agit d’une histoire vraie, et un carton de fin relate brièvement la suite des évènements et le destin respectif des protagonistes. En dehors de ces passages obligés, le réalisateur introduit un commentaire intéressant sur la notion d’histoire vraie au cinéma. Du Pont est obsédé par la trace qu’il va laisser dans l’histoire et, à l’intérieur du film, il fait réaliser un documentaire à sa propre gloire. Cette mise en abyme donne lieu à une séquence  comique où Dave Schultz se plie à l’exercice de l’interview en récitant le discours formaté qu’on lui impose. Dans ce passage, Miller semble sous-entendre que la vérité trouve parfois mieux sa place dans un film de fiction que dans un documentaire qui prétend refléter la réalité alors qu’il la manipule lui aussi. On pense forcément à la notion de roman-vérité (non-fiction novel) forgée par Truman Capote, auquel Miller a consacré un biopic.

Puisqu’il s’agit d’une histoire vraie, il est aisé de connaitre son issue avant de voir le film. J’avais lu quelque chose sur ce fait divers avant de partir à Cannes mais je l’avais complètement oublié entre temps. Le dénouement m’a surpris par sa brutalité qui tranche avec la subtilité et la lenteur vénéneuse du film le reste du temps.

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6 réponses à Foxcatcher, de Bennett Miller

  1. lian00 dit :

    Intrigant. Il y a de fortes chances que j’aille le voir celui-là. Merci pour tous ces billets qui vont m’aider à me décider à bouger – je suis fainéant de nature.

    • Nicolas dit :

      Merci à toi ! Ça n’attire pas beaucoup de lecteurs quand on parle de films qui ne sont pas encore sortis. Je suis content si ça t’a intéressé !

      • lian00 dit :

        Oui mais moi je suis spécial: quand j’étais gamin, je n’avais pas la télé mais je lisais toujours les résumés des films dans le journal. Ça me faisait fantasmer mais malheureusement ma culture ne me permettait pas de connaître la fin des films. Lire des chroniques bien avant d’avoir la possibilité de voir le film permet de nourrir le désir.

        • Nicolas dit :

          Je peux comprendre ça. La première fois que j’ai été au cinéma c’était pour voir Retour vers le futur 3, je devais avoir 10 ou 11 ans. Avant ça, je devais me contenter de fantasmer sur les bandes annonces de film à la télé le dimanche soir ou sur ce que racontaient les copains dans la cour de récréation.

          Je ne sais pas si ça vient de là mais, contrairement à la plupart de gens, j’aime bien lire les critiques de film qui racontent toute l’histoire, les spoilers me laisssent relativement indifférent. Par exemple, je me régale avec le genre de billet que rédige Jean-Noël Lafargue sur le dernier blog.

  2. Escrocgriffe dit :

    Je suis également très intrigué par ton article, je vais surveiller la sortie de ce film qui s’annonce passionnant… Merci ;)

    • Nicolas dit :

      Je pense qu’on en entendra parler à sa sortie. Malheureusement, je crois que c’est dans assez longtemps (décembre ou janvier prochain si mes souvenirs sont bons)

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