Trois arnaques cannoises

Le festival de Cannes, c’est terminé ! Il me reste encore quelques billets à rédiger mais je me rends compte que j’ai écrit pas mal de critiques mitigées ou négatives cette année. Le festival a mis un petit moment avant de démarrer, avec beaucoup de films qui se prenaient très au sérieux malgré leurs défauts. Heureusement, la barre s’est bien redressée au cours de ces derniers jours. D’habitude, je n’aime pas trop écrire des critiques négatives. Alors que la cérémonie de clôture approche, pour une fois, j’ai décidé de me lâcher sur les 3 arnaques cannoises de cette année : Captives d’Atom Egoyan, Deux jours, une nuit des frères Dardenne, et Lost River de Ryan Gosling.

gosling

Lost River, de Ryan Gosling

Captives, d’Atom Egoyan

Le nouveau film d’Atom Egoyan rappelle inévitablement le récent Prisoners de Denis Villeneuve puisqu’il s’agit une nouvelle fois d’une histoire d’enlèvement d’enfant, de paternité et de paranoïa, enveloppée dans un épais manteau de neige. Dans Captives, une petite fille se fait enlever par un réseau pédophile disposant de moyens technologiques et financiers qui semblent sans limites (réseau crypté incassable, hommes de mains armés, réseau de caméra de surveillance omniprésent, etc.). Le grand patron du réseau a développé une relation perverse avec la gamine qui a grandi et qui vit maintenant dans sa cave. Elle sert d’appât consentant pour attirer dans ses filets de nouvelles victimes via des chats sur Internet. Cet homme est particulièrement machiavélique. Sa principale occupation consiste à disséminer des souvenir de la jeune fille dans l’entourage de ses parents (qui pensent devenir fous) et à jouir de leur souffrance grâce à des caméras cachées. Pour filmer cette histoire invraisemblable, il aurait fallu le talent et la folie baroque d’un Brian de Palma ou même d’un Almodovar. Egoyan patine dans la semoule en recyclant les gimmicks de ses précédents film, en particulier une narration éclatée qui semble dissimuler un temps une histoire complexe mais qui tient surtout lieu de cache-misère.

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Deux jours, une nuit, des frères Dardenne

A propos de scénario, celui de Deux jours, une nuit est d’une simplicité qui confine à la fable : Sandra (Marion Cotillard) travaille dans une petite entreprise de panneaux solaires. Alors qu’elle est en arrêt maladie pour dépression nerveuse, ses collègues doivent prendre part à un vote organisé par leur patron. Il doivent choisir entre obtenir une prime de 1000 euros et licencier Sandra, ou conserver son poste dans l’entreprise et perdre leur prime. Après un premier vote qui a vu une majorité de salariés voter pour la prime, il est convenu d’organiser un nouveau scrutin après le week-end. Sandra dispose de deux jours pour convaincre les autres salariés de la garder parmi eux.

Les films des frères Dardenne sont censés être réalistes. Mais dans quel pays et dans quel genre d’entreprise organise-t-on un vote pareil ? Pour peu qu’on accepte ce postulat de départ invraisemblable, il faudra encore supporter 95 minutes consacrées presque exclusivement à la visite successive des 16 collègues de Sandra (notez le nombre pair et spéculez sur l’issue du scrutin). C’est très – très – répétitif. La presse a vu dans cette succession de rencontres « tout le panel des émotions humaines » mais concrètement on lui dit surtout « oui », « non » ou « peut-être », et les rares péripéties qui émaillent le film frisent le grotesque (une femme quitte son mari parce qu’il veut la prime…). Un film très faible, encensé par la presse cannoise. Moi pas comprendre.

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Lost River, de Ryan Gosling

Si le degré de reconnaissance d’un acteur/réalisateur est proportionnel à la longueur des files d’attentes cannoises, alors Ryan Gosling est une star interplanétaire. Il fallait faire la queue longtemps, très longtemps, pour être sûr de voir le premier film de Ryan Gosling. L’acteur de Drive est visiblement le nouveau chouchou des adolescents ténébreux qui se sont pressés en masse aux rares projections du film. Le jeu en valait-il la chandelle ? Pas vraiment.

Vous avez certainement dans votre famille une grande tante passionnée d’aquarelle qui passe son temps à recopier laborieusement des photos de famille ou des tableaux de maitre et qui persévère à vous offrir ses croutes à la première occasion venue. Ryan Gosling c’est un peu la même chose, mais en version hype et au cinéma. Lost River donne l’impression que Gosling a passé les mois précédant le tournage à visionner en boucle les films de Lynch, Refn, Carax, Noé, Korine et quelques autres, un carnet à la main, notant chaque effet cool pour le caser dans son film : maisons abandonnées, americana et southern gothic, personnages hagards filmés de dos, musique atmosphérique façon gong tibétain, scènes en couleur primaire éclairées au néon, rituels sadiques dans une boite de nuit, insert bizarroïdes (une maison qui brule, un homme en train d’hurler…). Tous les clichés y passent. Visuellement, il n’y a rien à redire, Gosling a su s’entourer, avec notamment Benoit Debie (le directeur photo de Spring Breakers, Enter the Void ou Irréversible) qui signe de superbes images. Au mieux, on peut considérer Lost River comme un trip hallucinant et un hommage aux idoles cinématographiques de Gosling. Refn était présent à la projection du film en soirée et il parait qu’il a chaleureusement congratulé l’acteur de ses deux derniers films. On l’imaginait difficilement faire autre chose devant un hommage aussi pesant. Lost River : équivalent hollywoodien du collier de nouille de la fête des mères.

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3 réponses à Trois arnaques cannoises

  1. lian00 dit :

    Je sors moi-même du film des frères Dardenne que j’ai beaucoup aimé. Dans sa structure, il m’a rappelé « High Noon » – le train sifflera trois fois – une personne a un temps limité pour sauver sa peau et fait le tour d’une communauté. Je ne me suis pas posé la question de savoir si c’était réaliste ou pas – il y a eu de nombreux cas où les ouvriers d’une usine ont eu à voter pour savoir s’ils acceptaient une réduction de salaire pour sauver des emplois et ça me parait dans l’ordre d’idée. Il m’a fallut du temps pour rentrer dans le film – Cotillard, une clim qui soufflait – mais j’ai été vraiment ému et la fin m’a beaucoup plu.
    Il y a aussi quelque chose que l’on voit très peu dans les films ou les séries: la présence importante d’enfants qui n’ont aucun rôle majeur – si ce n’est de jouer les passeurs, d’être des témoins de l’enjeu moral – mais qui font partie de l’univers des adultes. En général, au cinéma, soit il n’y a pas d’enfants, soit ils sont en nombre très limité et ils ressemblent à des caricatures, soit le film tourne autour des enfants.

    Le pitch de Egoyan m’agace: le fantasme du riche omnipotent pédophile est en contradiction telle avec la réalité vécue par les victimes est assez pitoyable – et souvent utilisé, histoire de faire croire aux gens que ça ne risque pas d’arriver chez eux.

    Toujours pas vu un film de Gosling – j’ai loupé Drive.

    • Nicolas dit :

      Intéressant d’avoir ton point de vue sur le Dardenne parce que moi le film m’est passé des kilomètres au dessus de la tête. J’ai également du mal avec le jeu deCotillard, ça n’aide pas…

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