The Search, de Michel Hazanavicius

imageLe nouveau long métrage de Michel Hazanavicius est le remake d’un film américain de Fred Zinneman tourné en Allemagne dans l’immédiat après-guerre en 1948. The Search – le film original – est un fim mineur, loin d’avoir la force et la modernité d’un Allemagne année zéro par exemple (le film de Rosselini est sorti la même année et se déroule dans les mêmes décors de ruines). Toutefois, le matériau du film américain est particulièrement riche d’un point de vue thématique. Les conditions idéales étaient donc réunies pour un remake intéressant. Hazanavicius a choisi d’actualiser l’intrigue en transposant l’action en Tchétchénie au tournant de l’an 2000.

The Search version 1948 suivait les pérégrinations d’un jeune garçon séparé de sa mère par la guerre. Craintif à l’extrême, l’enfant est presque revenu à l’état sauvage à force d’errance et il a perdu l’usage de la parole. Il est recueilli par un jeune GI (Montgomery Clift – impeccable) qui lui rend progressivement le goût à la vie en lui apprenant l’anglais. Parallèlement, la mère de l’enfant parcourt les camps de réfugiés à sa recherche. Son périple la conduit dans un orphelinat où elle fait une halte provisoire, touchée par le destin des enfants abandonnés.

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Montgomery Clift et Ivan Jandl dans The Search (Les Anges marqués) de Fred Zinneman (1948)

The Search version 2014 reste fidèle dans ses grandes lignes au film original : Hadji est un jeune tchétchène dont les parents ont été assasinés par les militaires russes et qui est recherché par sa soeur. Bérénice Béjo reprend le rôle de Montgomery Clift. Elle interprète Carole, une fonctionnaire de la commission des droits de l’homme de l’Union Européenne qui recueille un Hadji hagard dans la rue.

Il y a une différence importante entre le film de 1948 et celui de 2014 : alors que le premier se situait dans une Allemagne en ruine mais pacifiée, le film d’Hazanavicius se déroule en pleine guerre de Tchétchénie. Le réalisateur introduit également un arc inédit dans son récit, centré sur Kolya, un jeune homme russe qui intègre malgré lui l’armée russe (décrite comme une bande de brutes sadiques qui fusillent sans vergogne des civils innocents). Le parcours de Kolya est l’inverse de celui de Hadji : une déshumanisation progressive qui le transforme en machine à tuer.

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Bérénice Bejo et Abdul Kalim Mamutsiev dans The Search de Michel Hazanavicius (2014)

Avec Le Grand détournement, la série des OSS ou The Artist, Hazanavicius a construit sa carrière sur une succession de pastiches ou d’hommages. Même s’il s’agit d’un remake, étant donné le sujet grave du film, on pouvait espérer que The Search serait une oeuvre plus personnelle, plus profonde, moins référentielle. En fait, Hazanavicius propose encore une fois un pastiche. The Search est un mélo de guerre, un vrai, un pur et dur, qui récapitule de façon parfois complaisante les codes et les clichés du genre. Le film fait notamment preuve d’un moralisme binaire un peu dérangeant : les deux versants du récits (l’histoire de Kolya et celle d’Hadji) se croisent une fois dans le film mais ils ne se chevauchent jamais : les bons sentiment restent d’un côté de la barrière, et les mauvais de l’autre. Les charges contre l’armée russe ou les bureaucrates de Bruxelles sont tout aussi manichéennes.

Il y a une scène qui m’a particulièrement dérangé. Dans le dernier tiers de son film, Hazanavicius filme une série de cadavres en gros plans sur une musiques sirupeuse1. À partir de cet instant tire-larmes, le film apparait vraiment trop conscient de lui même et de ses effets. Le jeu sur les codes d’un genre, qui peut marcher dans des comédies (comme les précédents films d’Hazanavicius) fonctionne plus difficilement dans un drame. Hazanavicius sait filmer la guerre, Bérénice Bejo livre une interprétation honorable, et The Search est loin d’être un téléfilm de luxe comme certains journalistes l’ont dit. Mais en tant que spectateur, j’ai eu la sensation gênante que l’on cherchait à manipuler mes émotions de façon un peu trop grossière. C’est cette impression désagréable que le film m’a laissé.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=QYyWiuQ-W2o?rel=0&w=638]

  1. MàJ de novembre 2014 : apparement cette scène aurait été coupée du montage final qui sort en salle. Je n’ai pas l’intention d’aller verifier mais si quelqu’un veut le confirmer dans les commentaires… []
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3 réponses à The Search, de Michel Hazanavicius

  1. lian00 dit :

    Au moins il aura essayé :-)

    • Nicolas dit :

      J’étais un peu désolé d’écrire un texte négatif parce que j’ai l’impression qu’il y a du bashing dans l’air et un retour de bâton excessif après ses derniers succès. Je n’ai pas vraiment le temps de lire la presse en étant à Cannes mais à la sortie de la projection, les journalistes semblaient prendre un malin plaisir à se réjouir des défauts du film. Pas très fair play.

  2. lian00 dit :

    Je suis loin de lire toute la presse mais ce que j’ai lu ou entendu de The Actor, c’était que c’était du vieux cinéma, pas génial, un peu appliqué… Bon bref, qu’il n’était pas un grand metteur en scène. Je ne m’étonne donc pas que certains vont pouvoir se venger de son succès planétaire. Je trouve courageux qu’il ait tenté ce genre de films – vu l’ambition du cinéma français en ce moment – mais bon.

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