Les Combattants, de Thomas Cailley

les-combattants-afficheC’est l’été. Arnaud fait la connaissance de Madeleine sur un stand de recrutement de l’armée de terre. Madeleine, c’est un vrai garçon manqué, rustre et dur à cuire. C’est surtout une adepte intransigeante du survivialisme. Pour elle, l’apocalypse (peu importe sa forme – crise financière, nuage radioactif ou catastrophe climatique) peut nous tomber sur le coin du nez à tout moment. Pour se tenir prêt, il ne suffit pas d’empiler des boites de conserves dans une cave comme le font les mormons, il faut s’entrainer dur : plonger dans la piscine familiale avec un sac de tuiles dans le dos, ou bien s’habituer à avaler des shakers à base de têtes de maquereau. Comment séduire une fille pareille ? Peut-être en la suivant dans ce stage de préparation militaire proposé par l’armée…

C’était difficile à deviner a priori mais derrière ce pitch improbable et ce réalisateur sorti de nulle part se cache la meilleure comédie française depuis bien longtemps, une vraie comédie qui s’éloigne des formules connues et ressassées ad nauseam, une comédie sans bobos parisiens, sans couple de trentenaires en crise et sans comiques formatés pour passer chez Arthur le vendredi soir.

Si le film de Thomas Cailley est drôle c’est parce qu’il ne cherche pas à vendre une punchline dans chaque dialogue ou une situation dans chaque scène. Au contraire, on navigue allègrement d’un genre à l’autre. Les Combattants débute comme une comédie romantique, il se poursuit en film de groupe dans la grande tradition française avec le passage dans le camp d’entrainement militaire (qui compte son lot de bidasses et d’instructeurs bas-du-plafond), et il s’achève comme un film d’aventure.

Le long métrage est illuminé par la présence d’Adèle Haenel. La jeune  actrice propose une variation comique du personnage de femme forte qu’elle a déjà eu plusieurs fois l’occasion d’interpréter dans un registre dramatique (dans Suzanne qu’on pouvait voir à Cannes l’année passée ou dans L’Homme qu’on aimait trop d’André Téchine, projeté cette année en séance spéciale). Elle campe une Madeleine bougonne, râleuse, asociale et un  brin timbrée, mais dont le visage s’éclaire parfois discrètement par la grâce d’un regard moqueur ou d’un sourire en coin.

Face à elle, Arnaud (Kevin Azaïs) est un personnage plus en retrait. Habitué à glander avec sa bande de potes, Arnaud est à juste titre angoissé par l’avenir (son père vient de mourir, laissant à ses deux fils la tâche de reprendre la menuiserie familiale). Mais c’est ce garçon, maladroit, effacé et légèrement loser sur les bords, qui détient la morale du film : il va apprendre à Madeleine que survivre et résister –  pour un jeune d’aujourd’hui – cela ne veut pas forcément dire ramper dans la boue, nager en apnée et se nourrir de baies sauvages comme dans une mauvaise télé-réalité, cela peut consister simplement à se laisser porter, attendre que le temps passe, ne penser à rien et, peut-être – si on a la bonne personne sous la main – tomber amoureux.

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9 réponses à Les Combattants, de Thomas Cailley

  1. lian00 dit :

    C’est une comédie ? Mazette, je serai curieux de voir ça.

    • Nicolas dit :

      Oui c’est une comédie et vraiment excellente. J’espère qu’ils trouveront le bon creneau pour le sortir, ça mériterait de marcher aussi bien que Les Beaux gosses.

  2. Babette dit :

    Bonjour, le personnage principal s’appelle Madeleine, pas Mathilde. Bien à vous,

  3. Li-An dit :

    Je suis allé le voir, grâce à toi, et j’ai beaucoup aimé. Mais tu fais une erreur que j’ai lu ailleurs: la préparation militaire n’a rien d’un stage commando. C’est juste un moyen de préparer les gamins attirés par la carrière militaire et de leur proposer des orientations. À mon époque où le service militaire existait encore, il fallait une PM pour intégrer éventuellement lors de son service une école de sous officiers et devenir par exemple militaire de réserve. J’ai fait une prépa militaire Air – tronquée – et me suis sauvé d’une Terre (je suis fils de militaire ce qui explique des choses) et, ça n’avait rien d’un stage commando même si ça ressemblait pas mal à ce qui est montré (crapahutage, combat de nuit, parcours du combattant, utilisation et entretien d’armes). Par contre, j’étais étonné de voir un des persos venir faire pour la troisième fois une Prépa. Je ne sais pas si c’est « réaliste » de nos jours.

    • Nicolas dit :

      Je suis très content que le film t’ait plu ! J’en garde encore un très bon souvenir.
      Merci pour ta remarque tout à fait juste, je vais corriger ça. Je les ai vu ramper par terre, ça a bêtement allumé l’ampoule « commando » dans ma tête. Il faut dire que l’armée est une chose un peu abstraite pour moi, je n’ai pas fait le service militaire, ça n’existait déjà plus à mon époque (depuis assez peu de temps). J’ai juste fait les deux jours avec des tests d’alphabétisation et une petite promo pour les carrières dans l’armée…

      • Li-An dit :

        Et encore tu es resté deux jours :-) Le film a même plu à ma petite femme. Il faut dire que les persos sont tous intéressants et très bien interprétés. Y’a que le lieutenant qui est un peu too much – plutôt un personnage d’adjudant chef.

        • Nicolas dit :

          On ne m’a pas trop laissé le choix pour les 2 jours ! C’était peut être même juste 1 jour et demi d’ailleurs. Je me rappelle qu’on était une quinzaine de jeunes gens complètement amorphes. La cantine était bonne. On nous a fait passer un test pour vérifier si on était capable de déchiffrer un programme télé (!) et on a fini en regardant des clips avec des hélicoptères sur des soleils couchant. En y repensant, je me rends compte que c’était une expérience assez surréaliste en fait !

          Pour en revenir au film, moi je suis vendu à l’actrice Adèle Haenel de toute façon. je l’aime beaucoup même si elle fait un peu tout le temps le même numéro.

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