Pierre Bayard, le lecteur créatif et les mondes parallèles

D’après une hypothèse célèbre de la physique quantique (illustrée par la fameuse parabole du chat de Schrödinger, qui est à la fois mort et vivant), notre univers se dédouble à chaque instant en une myriade de mondes parallèles. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais cette idée de monde parallèle semble jouir d’une popularité croissante ces derniers temps. Du côté des littératures de l’imaginaire, j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus d’uchronies par exemple (je rappelle qu’il s’agit d’un type de récit qui consiste à réécrire l’Histoire à partir d’un événement divergent : le IIIe Reich a gagné la deuxième guerre mondiale, Napoléon a remporté la campagne de Russie, etc.). Il n’y a pas que le monde réel qui a tendance à se dédoubler, c’est également le cas des univers de fiction : je pense par exemple aux déclinaisons ad nauseam des histoires de superhéros, comme Batman, Superman et consorts, dont les lignes narratives ne cessent de se multiplier au gré des reboots et des remakes. Nous sommes non seulement entourés de fictions qui se juxtaposent à notre monde, mais ces fictions se réfractent elles-mêmes en une multitude de versions alternatives…

Les mondes parallèles étaient un sujet rêvé pour Pierre Bayard. Critique littéraire, Bayard se consacre depuis longtemps à l’analyse dans la littérature des phénomènes d’incertitude, de dédoublement ou d’interférence entre le réel et ses doubles. Les titres de ses livres parlent d’eux-mêmes : Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? ; Le plagiat par anticipation ; Aurais-je été résistant ou bourreau ? et aujourd’hui Il existe d’autres mondes qui est précisément consacré à l’idée de monde parallèle. Malheureusement, je suis sorti un peu déçu de cette lecture.

schrodinger cat

Une représentation du chat de Schrödinger

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?

Avant d’aller plus loin, il peut être utile d’évoquer un ouvrage antérieur de Bayard qui illustre bien sa méthode de travail – méthode qui ne m’a pas énormément convaincu dans son dernier livre. Comme beaucoup de monde, j’ai lu (et j’ai bien aimé) Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? L’idée centrale de cet essai au titre désormais fameux est qu’on ne peut jamais être sûr d’avoir lu un livre. Même un lecteur qui a lu un roman de A à Z ne peut pas s’en rappeler entièrement. Mais dans ce cas, il n’y a pas de réelle différence entre un lecteur consciencieux et un autre qui a sauté quelques passages ennuyeux. En poursuivant ce raisonnement, on peut se demander combien de pages il faut réellement avoir lu pour s’affirmer « lecteur » et s’il est même utile d’avoir ouvert un livre.

Grâce à ces glissements progressifs, Bayard met en évidence le fait qu’il y a tout un éventail de possibilités entre la lecture minutieuse d’un livre et l’ignorance pure et simple de son contenu. Ces situations intermédiaires sont d’une grande richesse car chaque forme de « non lecture » implique une part variable de souvenirs, d’oublis et d’inventions dans laquelle le livre perd son caractère tangible. Pour Bayard, un livre est au fond une réalité insaisissable, malléable, que chaque lecteur s’approprie et réécrit à sa manière. Bref : le lecteur chez Bayard est un lecteur créatif, le livre est en partie son œuvre.

Comment parler des livre que l’on n’a pas lu ? est un ouvrage très agréable, non seulement parce que son auteur défend habilement une thèse paradoxale, mais également parce qu’il mobilise pour l’illustrer de nombreuses anecdotes amusantes issues de l’histoire des Lettres ou de la vie littéraire. Ces exemples issus des lectures (ou non lectures !) de Bayard illustrent bien sa théorie du lecteur créatif. Bayard fait partie de ces gens qui racontent bien les histoires et dans certains cas ses résumés valent mieux que le livre original.

Ce qui me gêne un tout petit peu dans le discours de Bayard, c’est que derrière cette défense et illustration de la créativité du lecteur, il y a également une pointe d’égocentrisme et un soupçon de conformisme. Je m’explique. Si on prend Bayard au pied de la lettre, alors chaque livre n’est qu’un prétexte pour un exercice narcissique d’interprétation. C’est une tendance déjà trop répandue chez les soi-disant grandes plumes de la critique littéraire pour qu’on l’encourage davantage ! D’autre part, il y a un petit côté réac là-dedans. On peut estimer que ce que propose finalement Bayard, c’est tout bonnement de réhabiliter l’idée poussiéreuse de culture générale, comme il le suggère lui-même :

Un livre cesse d’être inconnu dès qu’il pénètre dans notre champ perceptif, et n’en rien savoir n’est nullement un obstacle pour en rêver ou en discuter. Avant même de l’ouvrir, la seule indication de son titre ou le moindre regard sur sa couverture suffisent à susciter, chez l’homme cultivé et curieux, une série d’images et d’impressions qui ne demandent qu’à se transformer en une première opinion, facilitée par la représentation que la culture générale donne de l’ensemble des livres.

Comment passer à côté de son sujet ?

Ces deux critiques sont sans doute un peu sévères : il s’agit de deux notes légèrement amères qui ne m’ont pas empêché de savourer le livre de Bayard et de le trouver brillant à l’occasion. En revanche j’ai été franchement déçu par Il existe d’autres mondes. Pourtant, dès que j’ai vu le titre de ce nouvel essai, j’ai été curieux de voir ce que Bayard avait à dire sur la question. Non seulement parce que c’est un sujet taillé sur mesure pour lui mais aussi parce qu’en réfléchissant un peu, je me suis rendu compte que beaucoup de romans que j’ai lus ces derniers temps ou que j’ai évoqués sur ce blog parlent justement de mondes parallèles. Après coup, je me suis dit que c’était peut-être mon obsession principale depuis un moment – sans que je m’en sois rendu compte.

Première déception : Un essai de forme très libre comme celui de Bayard repose beaucoup sur la qualité des cas étudiés, des exemples et des anecdotes. Pour traiter un sujet de science-fiction, il peut être utile de s’y connaitre un minimum en SF. Si c’est le cas de Bayard, ça ne se voit pas dans son livre. Les premiers chapitres, c’est un peu « La SF pour les nuls ». Les références citées sont d’une incroyable faiblesse : Retour vers le futur pour évoquer le voyage dans le temps, la série Sliders pour les glissements entre mondes parallèles… franchement, ça ne vole pas bien haut. Très rapidement, Bayard se rabat sur des textes et des auteurs issus de la littérature générale. Là, il est dans son élément mais ces textes ne lui fournissent pas beaucoup d’occasions de parler intelligemment des mondes parallèles. Il s’agit pourtant d’un thème qui a fait l’objet de traitements d’une grande richesse chez certains auteurs de SF. Je vais simplement citer deux livres dont j’ai parlé ici : La Séparation de Christopher Priest, et Complications de Nina Allan – voilà le genre d’auteurs et de livres que j’aurais aimé voir mentionnés, plutôt que Dostoïevski, Kafka et Nabokov !

Deuxième déception : Pour définir l’idée de monde parallèle, Bayard s’appuie essentiellement sur la physique quantique. Je suppose qu’il a fait le raisonnement suivant : « si c’est un thème de science-fiction, alors son origine est scientifique ». En fait, l’idée de monde parallèle a bien d’autres sources. Un monde parallèle n’est pas forcément une bifurcation de l’univers physique : il peut s’agir d’un monde rêvé ou recréé sous forme de réalité virtuelle, il peut s’agir d’un monde fantasmé ou vu à travers la vision déformante d’un individu, il peut s’agir d’un monde invisible ou « à côté du nôtre », etc., etc. Ces approches là (qui sont, au mieux, évoquées en passant) méritaient d’être approfondies. D’autant plus que Bayard s’intéresse surtout aux mondes parallèles qui peuvent entrer en contact ou communiquer, ce qui n’est pas le cas des bifurcations de la physique quantique. Du coup, la partie introductive du livre consacrée à l’histoire des univers parallèles semble purement formelle et déconnectée de la suite.1

Troisième déception : Bayard est profondément interpellé par les mondes parallèles dans lesquels un narrateur se découvre en train de vivre d’autres vies que la sienne. Cette idée vertigineuse donne lieu à certains passages romancés qui sont assez amusants : Bayard s’imagine lui-même en chef d’orchestre, en inspecteur de police ou en star hollywoodienne flirtant avec une certaine actrice prénommée Scarlett. Plus loin, il imagine que Dostoïevski est un meurtrier (comme Raskolnikov dans Crime et Châtiment), que Kafka vit dans un univers totalitaire absurde (comme ses personnages) et que Nabokov est pédophile (comme Humbert Humbert dans Lolita). Une bonne partie du livre est consacrée à démontrer que les mondes parallèles peuvent être un véritable outil d’analyse littéraire. Par exemple, on peut postuler que les romans d’un auteur sont en fait le reflet de ses vies parallèles. C’est une idée amusante mais finalement assez limitée. Bayard (qui est psychanalyste) propose simplement de projeter à l’extérieur de l’esprit les strates de personnalité que la psychanalyse situe à l’intérieur du psychisme (Nabokov n’a pas de pulsions pédophiles, il est pédophile dans une « autre vie »). Au final, ça reste de la psychanalyse de bazar et je ne pense pas que cette approche restitue toute la richesse des vies parallèles explorées par la littérature contemporaine. En effet, l’une des déclinaisons actuelles les plus intéressantes de l’uchronie est la biographie imaginaire. Dans son roman déjà ancien Rêve de fer, Norman Spinrad brossait le destin d’Adolf Hitler s’il était devenu écrivain de SF aux États-Unis. Dans le récent Kafka suite, Laurent Jouannaud imagine la vie de Kafka s’il n’était pas mort en 1924. On retrouve le même stratagème dans le très bref HPL (1890-1991) de Roland C. Wagner, bibliographie commentée de l’œuvre de Lovecraft écrite à l’occasion de sa mort… en 1991. On pourrait multiplier les exemples. Le livre de Bayard n’a rien à dire sur ces vies imaginaires qui ne correspondent pas à son schéma psychanalytique. Encore une fois, c’est dommage.

Au bout du compte, Il existe d’autres monde est un livre bancal. Certains passages sont savoureux (les parties romancées, certaines anecdotes) mais globalement, Bayard est beaucoup trop pressé de s’approprier une idée qu’il ne maîtrise pas complètement et de la faire entrer de force dans son système personnel. Les livres, les idées, les mots sont sans doute des réalités insaisissables et vaporeuses, comme l’affirme Bayard dans Comment parler des livres que l’on a pas lus ?, mais cela ne signifie pas qu’on peut leur faire dire tout ce qu’on veut : il arrive qu’elles se cabrent et qu’elles ruent.

  1. La définition initiale des mondes parallèles est d’autant moins pertinente que Bayard finit par considérer comme un passage vers un monde parallèle n’importe quelle fiction à partir du moment où l’auteur peut s’y projeter et s’imaginer y vivre une autre vie. []
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21 réponses à Pierre Bayard, le lecteur créatif et les mondes parallèles

  1. Cachou dit :

    Beaucoup de choses à dire ce coup-ci:

    – Les mondes parallèles et les uchronies: c’est une question qui me titille. D’un côté, une uchronie n’est pas un monde parallèle à la base, juste une réécriture de notre monde, une « étude » de ce qu’il aurait pu être « si ». De l’autre, en parlant de cet autre monde, on lui donne une existence qui pourait en faire un univers parallèle non concrètement mais théoriquement (je suis justement en train de lire un tweet d’Arte (sur ma liseuse) qui dit ceci: « Le réel est-il une invention du possible ou est-ce l’inverse? », parfait pour cette deuxième possibilité . Mais à la base, une uchronie me semble ne pas être justement une histoire de monde parallèle, la possibilité n’existant pas ailleurs mais ici-même, mais ne s’étant justement pas concrétisée comme elle aurait pu dans un monde parallèle (à moins que l’on croit à la théorie des mondes parallèles qui se créent à chaque croisement de possibilité).

    – « Comment parler des livres que l’on n’a pas lu »: il m’a été difficile de comprendre si l’auteur défendait la non-lecture ou si c’était un lecteur tentant d’aborder le livre autrement. Est-ce qu’il s’invente un personnage pour ses essais ou est-ce qu’il parle vraiment de son expérience? Parce que d’un côté, c’est vrai qu’on peut très bien parler de livres que l’on a pas lus (mais à condition d’avoir lu à leur sujet la plupart du temps, ce qui relève d’un paradoxe dans sa réflexion vu qu’il faudra quand même lire quelque chose). Mais de l’autre, sa conception de la non-lecture est envahissante et même contraignante, surtout pour quelqu’un qui apprécie de lire. La lecture serait-elle une corvée pour lui?

    – Concernant les références: si ça se trouve, Bayard n’a pas pris la peine de faire des recherches sur le sujet et s’est simplement basé sur sa propre expérience, d’où le fait de ne sortir que quelques titres connus de quasiment tous et auxquels il était difficile d’échapper. Ce qui pose la question du fond de ses essais: fait-il habituellement une recherche sur le sujet ou ne se contente-t-il d’écrire que sur ce qu’il connaît et maîtrise déjà sans aller plus loin? Si la deuxième possibilité n’est pas une honte en soi, je trouve quand même que la première est un minimum, mais bon…

    – Et donc, c’est peut-être l’essai qui a fait ressortir de manière trop évidente la démarche de Bayard, la manière dont il écrit. Je ne sais pas si c’est ce qui t’a peut-être déçu mais c’est ce qui, moi, aurait pu me décevoir (et je vais avoir ça en tête en le lisant maintenant)…

    • Nicolas dit :

      Je pense en effet que cet essai révèle les mauvais côtés de la méthode Bayard et que c’est pour ça qu’il est un peu raté. J’ai l’impression que Bayard aime lire, mais surtout qu’il aime parler – et parler de lui même (je suis un peu méchant là). A mon avis, c’est un livre qui peut être intéressant si on veut mieux connaitre Pierre Bayard mais pas si on veut apprendre des choses sur les mondes parallèles en littérature…

      Est-ce qu’une uchronie est un monde parallèle ? Moi, j’aurais fortement tendance à dire oui dans la mesure où une uchronie se lit et se présente comme une variation à partir de notre monde réel : comprendre les différences/ressemblances entre le récit et le monde réel est presque indispensable pour apprécier l’histoire et les choix narratifs de l’auteur, ce qui n’est pas le cas de n’importe quelle fiction ou roman.

      En fait, je ne pense pas qu’il y ait une seule définition possible du monde parallèle, après tout, ce n’est pas une notion scientifique (en tout cas pas dans le domaine de la littérature). Ce qui me gêne chez Bayard ce n’est pas la définition qu’il donne des mondes parallèles mais le fait qu’elle ne soit pas très cohérente. Par exemple, il dit dans une note au début du livre qu’il ne va pas proposer une théorie générale de la fiction et puis plus loin, dans le chapitre consacré aux soeurs Brontë, il dit que toute la littérature, tout la fiction, est une porte vers un monde parallèle…

  2. Escrocgriffe dit :

    Article intéressant qui montre combien il est difficile d’être exhaustif quand on évoque la thématique des univers parrallèles. A mon humble niveau, j’ai rencontré cette difficulté lors de la rédaction d’un article récent pour mon blog. Comme tu l’écris si bien, la physique quantique n’est qu’une approche parmi tant d’autres…

    • Nicolas dit :

      Là il s’agit quand même d’un livre écrit par un universitaire, publié par les éditions de Minuit. Même si c’est un essai, et pas un traité qui prétendrait à l’exhaustivité, on est en droit d’avoir des exigences plus élevées que pour un billet de blog. J’ai trouvé que les références les plus pertinentes venaient souvent de l’ouvrage de Eric Henriet sur les uchronies (qui est cité en note). Ce livre là est un excellent ouvrage sur son sujet.

  3. lian00 dit :

    L’absence de culture SF assez répandue chez les intellectuels français. De la même manière que pour le jazz ou la philatélie, il est difficile d’en parler intelligemment si on n’a pas un minimum de culture sur le sujet – thèmes abordés, à quelle époque, possibilités du genre et impasses…
    Je ne suis pas un fan de l’uchronie que je trouve en général assez conservatrice – mais je peux difficilement en parler parce que j’en ai peu lu :-)
    Un des enfants bâtard de l’uchronie, c’est le steampunk – très à la mode – que je n’aime pas beaucoup. Le steampunk d’aujourd’hui c’est un peu le Moyen-Âge des préRaphaélites: un univers confortable où on évacue les problèmes réels de l’époque dont on s’inspire (c’est à dire les problèmes sociaux et politiques).

  4. Nicolas dit :

    J’ai un peu la même impression pour les intellectuels/universitaires. On pourrait dire la même chose pour la bd, même s’il y a comme toujours quelques exceptions…

    Le steampunk, je trouve ça marrant mais c’est vrai qu’en ce moment, je ne sais pas trop pourquoi, il y a une mode et les éditeurs en font trop. J’étais à la Fnac l’autre jour il y avait 5 ou 6 bouquins nouveaux du style « le guide steampunk ».

    • lian00 dit :

      Le guide Steampunk est dû à M. et Mme Jeff VanderMeer alors je n’ose pas trop dire du mal. C’est en effet très à la mode, notamment dans les comics. Ça permet de faire de la « SF » sans se prendre la tête avec le vraisemblable scientifique… Et les filles en corset et bas sont trop kawai !

      • Nicolas dit :

        Par curiosité, je cherche « steampunk guide » sur amazon, il me sort « A steampunk’s guide to sex »… Y’en a VRAIMENT pour tous les goûts ! :-D

        • Cachou dit :

          Vous êtes quand même vaches avec le steampunk trouvé-je. Ce que vous en dites pourrait également être dit de la fantasy et de l’heroic fantasy après tout. Toute la SFFF n’a pas pour but de dénoncer ou de mener une réflexion, elle a également le droit de divertir et de plonger son lecteur dans un autre monde que celui qu’il connait, non?

          A mes yeux, le steampunk, c’est de la fantasy uchronique. Avec une esthétique à laquelle on est sensible ou pas. Moi j’y suis très sensible (tout comme j’adore les prérapahëlite, même si je sais que ça ne se dit pas quand on veut faire sérieux, mon prof d’art à l’université nous avait assez averti de la chose)(il appréciait ce courant lui aussi, il savait donc à quoi on se frottait en terme de crédibilité quand on avouait son amour pour celui-ci ^_^). Et ce n’est pas nouveau, ça date de ma lecture de Johan Heliot et de Pierre Pevel il y a 10 ans, alors que le steampunk commençait à sérieusement pointer le bout de son nez en France.

          PS: Pour le nombre de bouquins style steampunk à la Fnac, c’est normal, c’est le mois du cuivre chez Bragelonne, ils en ont sorti plusieurs à cette occasion (reconnaissables à leur tranche dorée), dont le fameux guide (qui est d’ailleurs le seul à ne pas m’avoir tentée dans le tas, j’y ai jeté un coup d’oeil et je n’ai rien trouvé m’intéressant).

          • Nicolas dit :

            Moi, je n’ai rien contre le steampunk (je suis d’accord pour ce que tu dis sur la SFFF). Par contre, je trouve gênant d’être noyé sous des avalanches de titres qui se ressemblent. Ca vaut pour toutes les modes. Je vais prendre un exemple : j’étais interessé par le livre-monde inspiré de Jules Verne sorti chez Mnemos (me rappelle plus du titre). Je ne l’ai pas acheté tout de suite et puis il y a d’autres livres un peu ressemblants qui me sont tombés sous les yeux, ça m’a fait hésiter sur le choix à faire, et puis finalement l’envie s’est dissipée…

            Les préraphaélites j’aime bien, il y a même des choses qui m’interessent énormément chez eux. Là, je trouve que c’est un autre problème : en français, il y a plein de livres qui existent mais très peu de livres interessants (je le sais parce qu’à un moment donné, je voulais me renseigner sur Rossetti, sur Elizabeth Siddal également, et je n’ai trouvé aucune documentation en français)

  5. solesli dit :

    A propos de la déception n°3 :
    « Par exemple, on peut postuler que les romans d’un auteur sont en fait le reflet de ses vies parallèles. C’est une idée amusante mais finalement assez limitée. »
    En effet, ça sonne vieux jeu comme critique littéraire! et je suppose que les clones de Marcel Proust dans les univers parallèles s’insurgent contre ce beuvisme reloaded ;-)

  6. lian00 dit :

    @Nicolas: J’ai beaucoup de tendresse pour les préRaphaëlites – pour la peinture figurative en général de toute manière – et je suis d’accord pour mettre le steampunk dans le même sac que la fantasy :-) Je suis assez vieux pour avoir connu une époque pour la fantasy était considérée comme un genre bâtard de la SF et c’est le cas du steampunk – je parle de l’esthétique générale. Comme le western spaghetti vis à vis du western classique, c’est une forme de dégénérescence, une facilité qui permet tous les excès faciles mais cela n’empêche pas la possibilité de chef d’oeuvre. Mais je n’en ai pas encore eu connaissance.

  7. Cachou dit :

    @Nicolas: Ah, ça, c’est le désavantage de vivre dans une grande ville ;-p. Cette accumulation, je ne la vois pas du tout d’ici vu que moi, je suis aux anges quand j’arrive à voir autre chose que des Milady ou le Trône de Fer dans le rayon SFFF des librairies où je vais ^_^.
    Pour les livres-mondes, tu veux parler aussi de « Steampunk » et « Europole »? Parce que les trois sont différents, dans leur but et dans leur esthétique. Si ce sont d’autres livres dont tu parles, leurs titres m’intéressent, j’aime bien les livres-mondes ^_^. Je n’ai pas eu l’occasion de voir celui sur Jules Vernes par contre, il avait l’air beau.

    Pour les Prérapahëlites, ils ont meilleure « presse » en Angleterre. Comme je le disais, j’ai été étonnée de voir la haine parfois que certains universitaires en histoire de l’art peuvent exprimer à leur sujet. Dès lors, écrire sur eux doit être difficile si l’on ne veut pas perdre de crédibilité dans le milieu je suppose, peut-être est-ce pour ça qu’il y a si peu de livres à leur sujet. En Angleterre, il y en a tellement, partout ^_^. Même des histoires autour d’eux. Je me souviens encore du « Possession » de A. S. Byatt avec un personnage peintre pré-raphaëlite par exemple. J’aime beaucoup ce courant parce qu’il me parle sans que je ne sache expliquer pourquoi. A chaque fois que je vais à Londres, je vais me recueillir devant Ophélie en train de mourir noyée ^_^..

    @lian00: dans le steampunk, j’ai bien aimé « Sucker Punch » en film (je l’ai revu et il a grandi dans mon estime). En livre, « L’instinct de l’équarisseur » (http://www.les-lectures-de-cachou.com/linstinct-de-lequarrisseur-vie-mort-de-sherlock-holmes-thomas-day/) m’avait bien amusée. Mon plus beau souvenir de la chose reste « Les enchantements d’Ambremer » de Pevel mais je ne sais pas si j’aimerais encore le livre maintenant. Mais encore plus, j’aime bien les relents de steampunk comme dans « Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire » ou dans « La cité de l’Ombre ».

    • Nicolas dit :

      Le Mnémos c’était Un an dans les airs. Dans les autres livres, il y avait Europole oui. Je sais que ce n’est pas exactement « le même livre » (j’avais lu ton billet sur Europole) mais en surface ça se ressemble beaucoup : même format, beau livre, même type d’imagerie. Ca avait suffit pour me faire hésiter et couper mon impulsion d’achat.

      Sur les préraphaélites, j’avais essayé de lire Autumn de Philippe Delerm mais il m’est tombé des mains, je n’aimais pas du tout le style (je lui redonnerai une chance parce que je n’ai vraiment pas été au-delà de 5 pages). J’ai aussi la série Desperate Romantics dans ma pile de séries à voir. De façon générale, les courants artistiques qui n »entrent pas dans une certaine histoire de l’art préformatée suscitent souvent de la désaprobation. Il y a largement pire que les préraphaélites : dans les cours d’histoire de l’art que j’ai suivis (en école d’art et au lycée), lorsqu’on nous montrait des diapos de Bouguereau, de peintres académiques ou « pompiers », c’était généralement pour se moquer d’eux (alors que tout n’est pas à jeter). Même chose pour des gens comme Hopper qui, lui, semble mystérieusement réahabilité à présent…

      • lian00 dit :

        Ce n’est pas très mystérieux. L’Art Contemporain tel qu’il est enseigné dans les écoles françaises semble s’essouffler ou du moins arriver à une espèce d’impasse. De plus, les artistes qui marquent le grand public sont plutôt figuratifs. De plus, il est difficile de parler d’absence de talent lorsque l’on parle BD, animation ou jeux vidéos (je ne parle que des grands artistes évidemment) et ce sont des oeuvres fabriquées à partir d’un travail figuratif.
        Personnellement, l’Art abstrait me laisse assez froid – je me suis profondément ennuyé en visitant l’expo Braque. Et c’est devenu un art très bourgeois qui nécessite une culture particulière. Il n’a plus rien de Révolutionnaire – en fait, il est même plus consensuel que l’art figuratif puisque plus personne ne s’étonne de voir des taches sur une toile. Ça fait très joli chez le dentiste.

        • Nicolas dit :

          Oups, désolé Li-an, je valide ton commentaire tardivement, il était mystérieusement passé dans les indésirables.

          Je serais moins radical que toi sur l’art abstrait. L’expo Braque, je ne l’ai pas aimée non plus. Elle m’avait semblé longue et répétitive. Il y a quand même certaines choses de Braque que j’aime bien (comme ses dessins au trait sur des thèmes mythologiques)

          • lian00 dit :

            Bon, je suis un peu de mauvaise foi sur l’Art Abstrait – dans le genre décoratif, il y a des choses que j’aime. Mais c’est aussi une question de sensibilité et de culture – après tout, je n’écoute pas de jazz non plus.

    • lian00 dit :

      Attention ! Je fais une distinction entre histoires qui se déroulent plus ou moins à la Belle Époque et stempunk. Pour moi « les Baudelaire » font référence à l’univers de Burton plus qu’au Steampunk – qui est dans mon esprit un vrai univers parallèle où l’Histoire est profondément modifiée et différente de celle que nous avons connu. Il ne suffit pas de porter un chapeau haut de forme pour être Steampunk selon moi.

  8. Cachou dit :

    @Lian00: alors je maintiens juste le Thomas Day, qui est dans la bonne époque également (et le Pierre Pevel). Par contre, il faudrait peut-être rajouter un livre qui a rendu tout le monde fou (y compris Xavier Mauméjean) alors que je ne l’ai trouvé que sympathique, sans plus, « Sans âme » et ses suites de Gail Carriger.

    @Nicolas: Oui, je peux comprendre l’impression de répétition, c’est vrai que les trois sont sortis sur peu de temps. Mais donc, je confirme qu’ils sont intéressants et différents. En fait, « Steampunk », c’est une collection d’articles parlant d’un passage de l’histoire connu (ou moins) mais « revu » (et j’avoue avoir manqué de pas mal de références pour saisir toutes les allusions, je suis une quiche en histoire)(et je n’en suis pas fière). « Europole », c’est la construction d’un monde paranoïaque et étonnant dans les années , tu devrais plus aimer celui-ci je pense. Donc toujours pas lu le Verne mais, si j’ai bien compris, c’est une relecture de l’époque à travers le périple des personnages verniens, non? (tu l’as feuilleté?).
    Je n’avais pas entendu parler du Phlippe Delerm mais j’avoue ne pas être trop tentée par cet auteur (il me semble d’avoir essayé un de ses recueils sans être convaincue, mais je réécris peut-être l’histoire ^_^).
    Mais donc, il ne faut pas négliger les effets de modes. Des gens biens ont dit du bien de Hopper, on l’a repris en considération et voilà, je parie mes livres que c’est un truc dans le genre ^_^.

    • Nicolas dit :

      J’avais feuilleté le Mnemos mais ça date maintenant. Je crois me rappeler que je l’avais trouvé un peu moins joli visuellement qu’Europole.
      « Je parie mes livres » –> En voilà une expression bien cachouesque :)

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