Défense de nourrir les sculptures

Il y a une chose qui m’agace souvent dans les musées d’art moderne : la façon dont des œuvres potaches, ludiques, ou faites pour être tripotées, se retrouvent cadenassées et mises à distance derrière un cordon sanitaire intimidant. Défense de toucher, défense de photographier, défense de s’amuser.

Il arrive qu’on retrouve les mêmes paradoxes dans la mise en scène d’œuvres d’art dans l’espace urbain. Un exemple : les sculptures de Jaume Plensa, qui sont actuellement dispersées dans les rues de Bordeaux. Il s’agit de grandes sculptures creuses dans lesquelles on peut entrer. Un panneau d’information à côté d’une œuvre explique qu’elle renvoie à l’époque où l’artiste « s’installait à l’intérieur du piano de son père pour sentir les vibrations des sons et de son propre corps. » Une autre œuvre est décrite comme encourageant « l’exploration physique et sensorielle en invitant le public à entrer et à marcher à l’intérieur. » Sauf que  la fin de la phrase a été rayée au marqueur par les services municipaux. La mention « Pour des raisons de sécurité, il est interdit de monter sur la sculpture » a été collée sur le socle.

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La juxtaposition des deux messages (même si c’est sous forme de palimpseste) a un petit côté schizophrène. En tout cas, ça n’empêche pas les passants, et en particulier les enfants, de se faufiler (à leurs risques et périls donc !) dans les grandes figures de Plensa…

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5 réponses à Défense de nourrir les sculptures

  1. Moon dit :

    Dans le même registre – le rapport entre l’oeuvre et le public – Cécile propose un article étonnant dans le blog Lifeproof : http://www.lifeproof.fr/mon_weblog/2011/09/jai-vol%C3%A9-un-livre-by-cecile.html.

    • Cécile dit :

      Merci pour le partage de mon lien! Et merci pour cet article: ce qui est ironique dans le marquage d’interdiction c’est qu’il reprend l’iconographie des « fumer tue » et autres que l’on retrouve sur les paquets de clope, écriture en noir sur fond blanc, cerclé de noir…

  2. Nicolas dit :

    Merci pour ce lien Moon ! L’œuvre d’art évoquée dans ce billet me rappelle la collection Patte de Mouche chez L’Association (dont on prétend parfois qu’elle a été conçue pour être facile à voler !)

  3. solesli dit :

    « A mes moments perdus, j’apprends à marcher à une statue. Etant donné son immobilité exagérément prolongée, ce n’est pas facile. » (La vie dans les plis)
    Mais Michaux n’avait pas peur de la difficulté.
    D’ailleurs, je pense, il se foutait pas mal des « raisons de sécurité ».
    Et il aurait fait peu de cas des slogans de prévention contre le tabagisme… ;-)

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