Marathon Priest 9 : Les Extrêmes

Teresa est un agent du FBI. Suite au décès de son époux Andy, quelques semaines de congés en Angleterre lui ont été accordées. En fait, si Teresa a traversé l’Atlantique, c’est pour enquêter sur la tuerie de Bulverton, qui ressemble étrangement à la fusillade impliquant un tireur fou dans laquelle Andy a trouvé la mort au Texas. Teresa et Andy avaient l’habitude de s’entrainer sur des simulateurs de réalité virtuelle reproduisant des scènes de crime, les ExEx (pour « expériences extrêmes »). Ces machines sont également utilisées par le grand public comme des formes de divertissements, des jeux vidéo violents d’un réalisme troublant. A Bulverton, l’enquête de Teresa patine. Alors qu’elle commence à devenir addict aux ExEx, les frontières entre la réalité et ses doubles s’estompent peu à peu.

Robert Overweg, The end of the virtual world 7, 2010 (source)

Ca fait un bon mois que j’ai lu Les Extrêmes. Je vais avoir du mal à en faire un compte-rendu qui ne ressemble pas à un courrier de réclamation parce que je me souviens essentiellement des défauts du roman. Il y a pourtant beaucoup de bonnes idées dans le livre (je pense par exemple à cette entreprise inquiétante qui achète les souvenirs des gens après un événement dramatique pour en réaliser une copie virtuelle), mais un bref récit de 100-200 pages aurait largement suffi à en épuiser la matière. Plus de 450 pages (dans l’édition Folio SF) c’est beaucoup trop long et la fin du roman arrive comme un soulagement.

Pourtant tout commençait bien. Le prologue, qui nous plonge dans l’enfance de Teresa, introduit de façon intéressante le thème favori de Priest, celui du double. Les longues pages qui suivent, au cours desquelles Teresa ère dans la campagne du sud de l’Angleterre ne sont pas forcément désagréables. Priest, qui est si doué pour décrire les déambulations de personnages paumés et dépressifs, est en même temps chez lui sur le plan géographique (l’intrigue du roman est inspirée de la tuerie de Hungerford en Angleterre, qui a eu lieu en 1987 à proximité du domicile de l’écrivain). Mais déjà dans ces pages, il y a quelque chose qui cloche : à aucun moment on a le sentiment de suivre un agent d’élite du FBI, ou bien Teresa est vraiment la pire enquêtrice des États-Unis. Je n’avais déjà pas été convaincu par Une Femme sans histoires, le précédent livre de Priest qui s’aventurait dans le genre du thriller, ce n’est clairement pas le registre qui lui sied le mieux.

Peu de temps après avoir publié Les Extrêmes, Priest a rédigé la novélisation d’eXistenZ, le film de Cronenberg. Il a souvent effectué ce type de travaux alimentaires, généralement sous pseudonyme. eXistenZ traite lui-aussi de la réalité virtuelle. Priest a eu des mots bien sévères pour le film : « Sa vision me sembl[e] démodée et vieillotte. je l’ai trouvé très proche du Dieu du Centaure de Dick qui a plus de trente ans ! les choses ont bien évolué depuis » (source). Dans le film de Cronenberg, la réalité virtuelle ressemble à ces vieux jeux d’aventure en full motion video comme Phantasmagoria ou Under A Killing Moon, où les personnages principaux sont pris dans des boucles répétitives jusqu’à ce qu’une action débloque la séquence suivante. Chez Priest, on est plutôt dans un fps, en train de cavaler le pistolet au poing.

Ce qui est intéressant dans les mondes virtuels des Extrêmes c’est qu’il s’agit de mondes clos. Comme dans les jeux vidéo actuels, des frontières marquent de façon arbitraire les limites de l’environnement : un mur de brique bloque par exemple l’accès au métro londonien. Un jour, Teresa découvre qu’elle peut s’approprier ces extrémités désertiques et en faire des lieux d’errance infinie (comme cette route sans fin qui file dans un paysage vide). Tout cela est assez bien vu pour un roman datant de 1998. D’ailleurs, ces passages m’ont fait penser au travail contemporain du photographe Robert Overweg, qui a réalisé une série d’images consacrées aux confins des mondes virtuels, ces endroits généralement cachés à la vue des joueurs où le décor s’interrompt brutalement.

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Des images de la série End of the Virtual world de Robert Overweg.

Conformément à sa méthode de travail, qui consiste à tisser ensemble des figures classiques de la science-fiction et des sujets plus mainstream, Priest s’efforce de juxtaposer au thème des mondes virtuels la question du deuil, de la violence et du contrôle des armes à feu. Mais tout cela reste au stade de l’ébauche. Le cas du couple qui tient l’hôtel où loge Teresa est assez exemplaire : Priest consacre plusieurs dizaines de pages a développer ces personnages qui tentent de se reconstruire après que leur vie ait été bouleversée par la tuerie de Bulverton et puis, tout à coup, il les abandonne complètement sur le bord de la route.

Dans la postface, Priest précise que ses romans ne sont pas des récits à thèse mais « des œuvres de pure imagination qui s’intéressent surtout à la mémoire, aux questions d’identité, de gémellité ou de doubles, et de défaillance narrative« . Dans Les Extrêmes, ce programme est respecté à la lettre, chaque rubrique est cochée consciencieusement. Les Extrêmes est indéniablement un livre priestien, mais ça n’en fait pas pour autant un bon livre. Malgré quelques trouvailles, je trouve que c’est un roman anecdotique. Sur des thèmes semblables,  j’ai largement préféré Futur Intérieur, un roman qui n’est pas non plus parfait mais dont les personnages et les situations m’ont d’avantage touché.

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