Cannes 2013 – Suzanne (Katell Quillévéré)

suzanneNicolas est routier, veuf, il élève seul ses deux petites filles. Maria et Suzanne vivent une enfance heureuse, malgré leur milieu modeste. Dans le duo, Maria est la fille sage, forte et volontaire. Suzanne, elle, est instable et n’en fait qu’à sa tête. Face aux choix que lui offre la vie, elle opte systématiquement pour la pire option. Adolescente, elle tombe enceinte et décide de garder l’enfant après avoir caché sa grossesse à son père. Quelques années plus tard, après être tombée amoureuse de Julien, un jeune homme vaguement truand, elle quitte tout pour lui, et abandonne son jeune enfant à la garde de son père et de sa soeur. Ce n’est que le début des péripéties de la jeune femme, que nous allons suivre pendant une vingtaine d’années.

Le précédent et premier film de Katell Quillévéré (Un Poison violent) brillait surtout par sa direction d’acteur et par le joli portrait d’un personnage d’adolescente, plutôt que par sa narration. Suzanne est d’avantage marqué par le désir de raconter une histoire, on pourrait même parler de mélo. Mais ce n’est pas le point fort de la réalisatrice. L’enfant abandonné, la mère indigne, le mauvais garçon, l’ébauche d’intrigue policière autour d’un trafic de drogue, le jugement au tribunal et les visites au parloir : ce sont autant de figures relativement convenues, qui flirtent parfois avec le cliché digne d’un téléfilm France 3.

La faiblesse ou la naïveté de l’écriture est rattrapée, d’abord par la distribution : François Damiens (le père), Adèle Haenel (Maria) et Sara Forestier (Suzanne) campent solidement un trio de personnages qu’on aurait pu craindre de voir d’avantage figé dans leurs rôles d’archétypes, comme trois blocs monolithiques. Mais surtout, Quillévéré parvient à emporter le spectateur grâce à ses talents de réalisatrice et son sens particulier du montage. Le personnage de Suzanne est incapable de mener sa barque dans la vie. Pour elle, toute occasion est bonne pour un nouveau départ (faire un enfant), mais aussi pour tirer un trait violent sur le passé (abandonner son fils). Quillévéré nous dépeint une vie en pointillé, faite d’ébauches et de ratures, et scandée par de violentes ellipses. La réalisatrice s’en tient à la seule force du montage pour distinguer les différentes époques de la vie  de Suzanne (le décor, les habits ne sont pas datés, c’est à peine si les coupes de cheveux changent de temps en temps). Un écran noir, ou même un simple raccord, peuvent marquer le passage d’une année, de cinq ans ou de dix ans. Dans l’une des premières scènes, on voit Nicolas s’occuper de ses deux filles, âgées de 6 ou 7 ans. Dans la séquence suivante, le père va chercher Suzanne au lycée. On imagine d’abord qu’il s’agit d’une troisième fille plus âgée, avant de comprendre qu’une dizaine d’années se sont écoulées en un battement de cils. Ce procédé prend toute sa force lors des scènes émouvantes où Suzanne est rattrapée par son passé, comme lors des confrontations successives avec son fils qui s’éloigne de plus en plus d’elle.

Suzanne n’est pas un grand film, il emprunte des chemins bien trop balisés pour cela, mais il parvient à traduire de façon touchante le sentiment douloureux du temps qui passe et la difficulté à donner une forme à sa vie.

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Sara Forestier et Adèle Haenele dans Suzanne de Katell Quillévéré

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