Cannes 2013 – Fruitvale Station (Ryan Coogler)

fruitvaleA l’aube, après les célébrations du nouvel an 2009, une rixe éclate dans la station de métro de Fruitvale Station à San Francisco. Un jeune noir de 22 ans se fait abattre d’une balle dans le crâne par un agent de police qui prétendra plus tard avoir confondu son arme et son taser.

Le film de Ryan Coogler revient sur les 24 dernières heures de la vie d’Oscar, la victime. Fruitvale Station est le dernier lauréat du festival de Sundance. C’est maintenant une tradition pour Cannes d’accueillir dans Un Certain Regard le film primé en janvier aux Etats-Unis. Le film est cependant loin d’avoir le charme et l’ampleur baroque de son prédécesseur de 2012, Les Bêtes du sud sauvage.

Le jeune réalisateur (27 ans) n’avait pas besoin de recourir à d’aussi grosses ficelles pour nous convaincre du caractère dramatique de ce fait divers qui a déclenché une vague d’émeutes et de protestations en Amérique. Le portrait d’Oscar Grant a en effet un peu trop tendance à virer au panégyrique : coureur de jupon, Oscar aime tout de même sa femme et sa fille plus que tout ; chômeur, il continue gentiment de rencarder les clients de la grande surface qui l’a viré suite à ses retards à répétition ; ex-taulard et dealer, il est repenti et bien résolu, à la veille du nouvel an, à mener une vie honnête. Cette accumulation de qualités devient presque irréelle dans une scène, déconnectée du reste du récit, où Victor ramasse et emporte à bout de bras un chien qui vient de se faire renverser par un chauffard dans la rue.

Cette scène étrange rappelle le symbolisme des tragédies les plus classiques. C’est bien d’une tragédie qu’il s’agit et Coogler parvient à insuffler à son récit, pourtant filmé au ras du quotidien, un certain sens de la fatalité : le spectateur connait dès le début du film son issue et Oscar, à son corps défendant, est entrainé inéluctablement vers la mort par un entourage qui semble inconsciemment conspirer dans ce sens (Oscar ne veut pas voir le feu d’artifice du nouvel an mais sa copine insiste pour l’y trainer ; il veut prendre sa voiture mais sa mère le pousse à prendre le métro, etc.)

C’est dans le portrait plein d’affection de cette petite communauté – famille, amis,  voisins – que Coogler s’en sort le mieux. Il met en scène un petit monde où chacun semble étroitement connecté aux autres par le biais notamment des téléphones portables, dont l’omniprésence est soulignée par la mise en scène (dès qu’un coup de fil ou un sms est envoyé, l’écran du téléphone se superpose à l’image). Le film s’ouvre d’ailleurs sur les images authentiques du fait divers, qui ont été capturées par un téléphone. Lors de la terrible scène du meurtre, qui a lieu face à une rame de métro bondée, plusieurs appareils sont braqués vers les policiers – la lentille du téléphone portable devient l’oeil réprobateur de la communauté.

Malgré la belle énergie qui habite le film, la séquence finale (la vidéo d’un hommage rendu à la victime) achève de le réduire au rang de reconstitution, certes touchante et gorgée de sincérité, mais finalement anecdotique.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=ZxUJwJfcQaQ?rel=0&w=638]

Ce contenu a été publié dans Cannes 2013, Cinéma et télé, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Cannes 2013 – Fruitvale Station (Ryan Coogler)

  1. Cachou dit :

    Pour ma part, je n’avais pas vraiment aimé « Les bêtes du Sud Sauvage » et les grosses ficelles dont tu parles ici sont celles que j’avais déjà trouvées à ce film-là. Donc pas pour moi…

  2. Nicolas dit :

    Il y a des tics de film indé US dans les deux films mais ils n’ont vraiment rien à voir. (moi j’avais bien aimé Les bêtes du sud sauvage)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *