Cannes 2013 – Le Congrès (Ari Folman)

21001799_2013042617342195Robin Wright est une actrice sur le déclin qui élève seule ses deux enfants. Alors que sa carrière est dans l’impasse, les studios Miramount lui font une offre qu’elle ne peut pas refuser : vendre son image, puis se faire scanner pour fabriquer un double virtuel moins capricieux que l’original, qui interprétera désormais ses rôles à sa place. 20 ans plus tard, alors que le contrat arrive à son terme et doit être renouvelé, Robin est l’invitée-vedette d’un grand congrès organisé par l’industrie du cinéma. La technologie a franchi une nouvelle étape : il ne s’agit plus seulement de créer des doubles des acteurs mais de les ingérer sous forme moléculaire. Grâce à de nouveaux procédés chimiques, chacun peut désormais devenir Robin Wright, remodeler son monde et sa personnalité comme bon lui semble…

Dans son précédent film, le documentaire animé Valse avec Bachir, Ari Folman se livrait à une enquête sur la mémoire perdue des jeunes soldats israéliens ayant participé à la guerre du Liban. Dans les souvenirs recueillis par le réalisateur, le rêve, les fantasmes et la réalité se mêlaient étroitement. On peut aisément comprendre ce qui a séduit Folman dans Le Congrès de Futurologie de Stanislas Lem. Le roman dont s’inspire le film mêle en effet plusieurs couches de réalité et d’hallucination (dans le monde futur qu’il décrit, l’usage des psychotropes s’est généralisé au point de devenir un véritable instrument de régulation sociale).

Folman a proposé à Robin Wright d’interpréter son propre rôle dans le film (un choix osé pour la comédienne, aucune impasse n’est faite sur les ratés bien réels de sa carrière). Il a également pris le parti d’ajouter une strate supplémentaire au récit déjà passablement alambiqué de Lem. Celle-ci correspond au long prologue qui ouvre le film, tourné en live action, à l’inverse de la 2e partie, réalisée en animation traditionnelle (six studios de nationalités différentes ont contribué à produire ces séquences psychédéliques qui rendent hommage aux dessins animés des années 30 et aux réalisation des frères Fleischer). Le réalisateur a tenté d’actualiser le ton satyrique du roman en prenant pour cible l’industrie Hollywoodienne. L’idée n’était pas mauvaise en soi. Le film échoue pourtant entièrement sur ce plan : les intentions du réalisateur et celles de l’écrivain forment deux touts hétérogènes qui peinent à former une intrigue cohérente.

Le Congrès ne manque pourtant pas de qualités. Je pense en particulier à deux scènes particulièrement touchantes. Dans la première, Robin Wright doit interpréter une série de sentiments qui seront scannés puis enregistrés par un ordinateur : la joie, le rire, la perplexité, la tristesse, l’angoisse… mais elle n’y arrive pas. Son agent (Harvey Keitel) prend alors le micro pour lui avouer en quoi consiste réellement son métier et pourquoi il travaille avec des acteurs comme elle. Son récit a pour résultat de susciter chez Wright exactement les sentiments recherchés, dans l’ordre voulu. Avant d’être réduite à l’état de marionnette virtuelle, l’actrice apparait comme un malheureux pantin de chair et d’os, à la merci de la machine hollywoodienne.

La seconde scène à laquelle je pense est la conclusion du film. Il s’agit d’une invention de Folman qui n’apparait pas dans le roman et que je ne dévoilerai pas ici. D’une grande beauté, elle semble appartenir à un troisième récit qui ne serait ni la satyre hollywoodienne de Folman, ni le roman dystopique de Lem, mais une troisième histoire consacrée à la relation entre Robin Wright et son fils handicapé. Cette séquence finale est frustrante pour le spectateur car elle laisse deviner ce qu’aurait pu être Le Congrès si le film n’avait pas été aussi bancal.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=y6_9Hnmh3P0?rel=0&w=638]

A lire également : mon billet consacré au roman de Stanislas Lem

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4 réponses à Cannes 2013 – Le Congrès (Ari Folman)

  1. Cachou dit :

    il m’intéresse quand même, ne serait-ce que pour la manière dont il s’approprie le livre. Par contre, pas moyen de voir la vidéo, elle a été bloquée :-(.

  2. Ping : Cannes 2013 – Quinzaine des Réalisateurs : The Last Days on Mars | L'armurerie de Tchekhov

  3. Moon dit :

    ça y est ! J’ai rattrapé mon retard :) Et c’est vrai que le film est complexe avec toutes ses réalités mélangés… Ton article permet d’y voir un peu plus clair entre ce qui vient du livre, du film et du réalisateur. Et c’est intéressant de voir comment tout s’emmêle !

    • Nicolas dit :

      Il n’est jamais trop tard ! :-) Voilà un film passablement emmêlé en effet ! Je garde surtout un bon souvenir des deux scènes que j’évoque dans le billet, le début et la fin en gros.

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