En route pour Cannes

Demain débute le festival international du film de Cannes. Je m’y rendrai, comme chaque année depuis 2010. En fait, le premier festival auquel j’ai assisté est celui de l’an 2000. A l’époque, j’avais 19 ans, j’avais arrêté temporairement mes études et je venais de me faire virer d’un job qui m’avait permis de mettre un peu d’argent de côté. Il faisait beau, je n’avais rien de mieux à faire, j’étais descendu jusqu’à Cannes en stop et j’avais campé sur la plage pendant 10 jours.

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C’est l’un des rares moment de totale liberté que j’ai connu dans mon existence. Comme j’étais fan de Björk, je souhaitais surtout voir Dancer in the Dark qui était en compétition officielle. En arrivant à Cannes après deux jours de galère, j’avais découvert avec effarement que les projections étaient « réservées aux professionnels. » En fait, en se débrouillant un peu (c’est-à-dire en faisant la manche à la sortie du palais des festivals), il est facile de se faire offrir des invitations : les personnes accréditées n’ont pas toujours le temps d’aller voir les films auxquelles elles sont conviées et une invitation non utilisée peut conduire à des pénalités (on ne vous en donnera plus, ou plus difficilement). Les cartons, les bloc-notes ou les ardoises sur lesquels on a gribouillé hâtivement « je cherche une invitation » font donc partie intégrante de l’attirail cannois, même s’ils sont un peu moins glamours que les smokings, les lunettes noires, les appareils photo à objectif télescopique ou les grosses cylindrées aux vitres teintées. Même lorsqu’on a une accréditation professionnelle, il faut savoir dégainer son petit carton à l’occasion. Tout cela est plutôt bon enfant. Malgré une moyenne d’âge parfois élevée (les mamies cannoises jouent le jeu à donf), en bas des marches on a souvent l’impression d’être dans une cour de récré en train d’échanger des Pokémons entre mômes…

Au retour de Cannes en 2000, j’ai repris mes études et je n’ai plus eu ni le temps ni l’argent pour ce genre d’embardée. Et puis, une décennie plus tard, la mouche m’a piqué de nouveau. C’est devenu un rituel et depuis 2010 je prends systématiquement des vacances en mai pour « faire » le festival.

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Mon amie Manuela en train de gratter à Cannes, en 2010. Depuis, elle a probablement rejoint une base d’images d’archives parce que j’ai le plaisir de la revoir régulièrement à la télé lorsqu’on parle du festival !

Mis à part cette histoire personnelle, le festival a également joué un rôle important dans la genèse de ce modeste blog. Il y a un peu plus d’un an, nous avions vaguement envisagé avec quelques amis de nous rendre ensemble à Cannes et de créer un blog à cette occasion. Finalement ça ne s’est pas fait. J’avais tout de même ouvert un compte sur WordPress. « Juste pour voir », j’avais commencé à faire joujou avec les feuilles de style et à rédiger des billets. Je me suis demandé si je serais capable d’en rédiger un ou deux par mois, et j’ai essayé de le faire. Au bout de six mois, je me suis rendu compte que j’avais un blog. Après avoir un peu hésité, l’été 2012, j’ai décoché l’option « garder ce site privé » dans le tableau de bord de WordPress, et voilà comment je me suis retrouvé, presque malgré moi, avec un blog sur les bras… Aujourd’hui encore, je ne suis pas certain de savoir ce que je suis censé y raconter !

Puisque le blog est là, je vais essayer cette année de chroniquer certaines projections auxquelles j’assisterai (c’est pour ça qu’il a été créé après tout). Je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre. Je n’écris pas vite et il est parfois difficile de se faire un avis tranché sur le genre de films qui est projeté à Cannes (d’autant plus quand on enchaîne 4 ou 5 séances quotidiennes pendant 10 jours). J’ai encore en tête le souvenir de Melancholia de Lars Von Trier en 2011 : j’étais sorti de la projection plutôt déçu, le film m’avait semblé une bête redite de ses précédents. Avec le recul, c’est un de mes meilleurs souvenirs de festivalier.

Cette année, je vais tâcher d’être attentif à la jeune garde du cinéma d’auteur français à laquelle les Cahiers du Cinéma consacraient leur une en avril. Je suppose que les files d’attentes bruisseront de discussions au sujet de la nouvelle convention collective qui divise le milieu du cinéma (elle fixe des minimas salariaux et encadre la durée du travail, au risque de mettre en péril les petites et moyennes productions qui n’ont pas les moyens d’absorber des charges supplémentaires – je schématise). Comme d’habitude, à côté de la pimpante sélection officielle, le jeu consistera à dénicher des pépites dans les sélections parallèles qui réservent leur lot de films inclassables : un film à sketchs en 3d réalisé par Jean-Luc Godard, Peter Greenaway et Edgar Pêra ; le retour de Jodorowsky avec un film autobiographique et un documentaire sur l’adaptation de Dune qu’il n’a jamais filmée ; une adaptation en dessin-animé d’un roman inadaptable de Stanislas Lem ; toutes sortes de films d’auteur aux pitchs improbables (Les Rencontres d’après minuit : « Au cœur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante travestie préparent une orgie. Sont attendus La Chienne, La Star, L’Étalon et L’Adolescent. » Swandown : « L’équipée humoristique de deux anglais parcourant plus de 320 km sur un pédalo en forme de cygne« ).

Et il va falloir trouver des choses intéressantes à dire sur tout ça. Je vais donc prendre le risque de me tromper dans les jours qui viennent, de surestimer des navets ou de critiquer quelques futurs chefs d’œuvres… mais c’est le jeu !

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Une réponse à En route pour Cannes

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