Adopte un auteur ?

adaLancé en mars dernier, le principe d’Adopte un Auteur est simple : les auteurs inscrits sur le site proposent gratuitement leurs livres sous forme numérique aux lecteurs qui les sollicitent ; en échange, ces derniers s’engagent à rédiger une critique sur leur blog ou sur le site d’une librairie en ligne. Si l’idée est originale et pleine d’humour, elle pose également de réelles questions sur les nouvelles formes de recommandation et de prescription à l’heure du numérique, et sur l’avenir de l’édition et du métier d’écrivain.

Adopte un blogueur

Tout a débuté sur le site de Neil Jomunsi. L’écrivain – qui a publié plusieurs livres édités en numérique chez Walrus – a l’idée de proposer aux blogueurs qui le souhaitent de devenir partenaires : s’ils s’engagent à mettre en ligne des critiques, il leur fera parvenir gratuitement un exemplaire de ses livres, un « service blog » comparable aux services de presse traditionnels. L’échange est gagnant pour tout le monde : l’auteur voit se multiplier les critiques de ses livres, il constitue autour de lui une petite communauté, tandis que les billets des blogueurs qui sont signalés sur son site gagnent en visibilité.

L’idée fait mouche, elle séduit plusieurs auteurs qui souhaiteraient mettre en place un système comparable. Adopte un Auteur est créé dans la foulée. Il s’agit d’une plateforme qui met en relation auteurs et lecteurs, qui centralise et qui signale les critiques produites. Comme le site de rencontres dont il parodie le nom, Adopte un Auteur joue essentiellement un rôle d’entremetteur. Tous les écrivains qui disposent des droits numériques sur leurs œuvres peuvent s’inscrire, qu’ils soient professionnels ou amateurs, « édités ou auto-publiés, jeunes ou vétérans. » Les lecteurs, eux, s’engagent à produire une critique constructive d’au moins vingt mots, positive ou négative. Il peut s’agir d’un billet de blog ou d’un commentaire sur le site d’un librairie en ligne. Étrangement, les plateformes de critiques du style Babelio ou Goodreads ne sont pas mentionnées.

Le profil type du participant reste selon moi celui du blogueur. Le fait de parier sur l’activisme des blogueurs est particulièrement intéressant parce qu’on entend souvent proclamer la mort des blogs ces derniers temps. Dans un article récent du Monde consacré à leur déclin, Olivier Zilbertin invoque pêle-mêle une baisse de leur fréquentation, la lassitude des blogueurs et la concurrence des réseaux sociaux.

Du point de vue d’un auteur (et en particulier d’un auteur qui publie uniquement sous forme électronique, donc dans un secteur de niche), l’intérêt de la blogosphère littéraire est de constituer une communauté, certes petite mais très dynamique. Le fait de s’appuyer sur un public limité en nombre mais actif et prescripteur rappelle la théorie des 1000 Vrais Fans de Kevin Kelly, d’après laquelle « un créateur […] n’a besoin d’acquérir que 1000 Vrais Fans pour vivre de son art. » Mais l’idée centrale d’Adopte un Auteur est surtout celle d’une communauté d’intérêt entre écrivains et blogueurs, chacun cherchant à gagner une visibilité qui peut s’avérer plus rentable à court terme qu’un hypothétique échange marchand.

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La mosaïque des auteurs sur la page d’accueil d’Adopte un Auteur

Avec ou sans éditeur ?

Adopte un Auteur ambitionne de mettre en relation directe l’auteur et le lecteur « sur une même ligne horizontale » sans passer par la médiation traditionnelle de l’éditeur. Cela implique non seulement que les auteurs prennent en charge eux-mêmes la promotion de leurs œuvres, mais également qu’aucune distinction n’est faite entre auteurs publiés et auteurs auto-édités.

Il me semble que ce choix mérite que l’on s’attarde un instant sur lui, en le replaçant dans le débat actuel sur le rôle de l’éditeur dans la chaîne du livre. Il y a un peu moins d’un an, en juin 2012, la Ministre de la Culture Aurélie Filippetti déclarait que « c’est l’éditeur qui fait la littérature. » Cette phrase sibylline a suscité de vives réactions de protestation (en particulier une lettre ouverte d’Ayerdhal). Dans le discours qui a précédé cette déclaration, la Ministre s’exprime de façon un peu plus précise :

Aujourd’hui, avec le développement de la diffusion numérique des œuvres, de fortes tensions agitent le secteur culturel ; certains commentateurs font miroiter un avenir qui se ferait sans [les éditeurs]. L’avenir serait à la disparition des intermédiaires de la création ; notre temps serait celui de la désintermédiation […] Je ne partage pas ce point de vue et je crois qu’il est utopique. Tous les textes ne sont pas des livres et c’est précisément à l’éditeur que revient de faire le partage ; c’est lui, qui, devant la multitude des textes, doit porter la responsabilité de savoir dire non, quitte à, parfois, commettre une erreur. Il n’y a pas de livre sans éditeur. (Discours devant le Syndicat National de l’Edition)

Je suis d’accord avec la Ministre sur un point au moins : en tant que lecteur, j’ai besoin d’un médiateur qui tamise une production écrite surabondante. Il me faut un intermédiaire qui ait une identité reconnaissable, qui fasse des choix et qui ait de vrais partis pris, qui sélectionne des œuvres dignes d’être lues, qui les ordonne dans un catalogue et dans des collections cohérentes. Dans certains cas, ce rôle de « collectionneur » peut être véritablement créatif : en rapprochant certaines œuvres, il est possible de leur donner un surcroît de sens qu’elles n’ont pas forcément, prises isolément (pour un exemple concret, voir le cas du « manga d’auteur » que j’évoque dans ce billet).

Cette fonction-éditeur me semble indispensable dans la chaîne du livre. En revanche, l’institution-éditeur telle qu’on la connait n’est pas la seule instance capable de remplir cette fonction. On peut en imaginer bien d’autres, comme des coopératives d’auteurs par exemple. Adopte un Auteur confie aux internautes la responsabilité de trier le bon grain de l’ivraie dans un catalogue ouvert aux quatre vents. Cette idée, qui s’éloigne mine de rien du principe d’un service de presse pour blogueurs, me laisse beaucoup plus sceptique. Je vais emprunter les mots de Jean-Claude Dunyach (qui est paradoxalement l’un des rares auteurs confirmés inscrit sur Adopte un Auteur) :

Le fait que tout le monde puisse mettre ses écrits en téléchargement électronique sur le net ne veut pas nécessairement dire qu’il est souhaitable que tout le monde le fasse… Ou, plus exactement, cela veut dire qu’il faudra, à un moment ou à un autre, mais très vite, établir des procédures permettant au lecteur de s’y retrouver […] Pour un texte publié, 100 autres sont refusés, et, pour la très grande majorité d’entre eux, avec raison. […] On peut certes imaginer que ce sont les lecteurs eux-mêmes qui feront le tri… Je n’y crois pas, et je pense même que c’est une illusion dangereuse. Un non-livre est comme un morceau de nourriture avariée. Mordre dedans, c’est se dégoûter de manger pour quelque temps. (Le livre va-t-il sombrer dans la mer numérique ?)

Adopte un Auteur est un projet intéressant parce que c’est une initiative d’auteurs qui baignent dans le numérique, un territoire que les acteurs traditionnels de l’édition peinent à investir. La volonté de surfer sur les synergies nouvelles permises par le Web me semble bienvenue. Je suis moins convaincu par la mise entre parenthèse du travail de l’éditeur (comme s’il s’agissait d’une donnée de second plan), par l’absence de sélection des auteurs, et par le fait de ramener ceux qui sont édités vers la sphère de l’auto-édition. Tout cela me semble même contre-productif : alors que l’idée est de permettre à des blogueurs et à des écrivains de gagner mutuellement en visibilité, la première chose que l’on éprouve en arrivant sur la page d’accueil d’Adopte un Auteur, c’est un sentiment de confusion face à la mosaïque des auteurs inscrits.

A mon humble avis, si l’on cherche à aller au-delà du dispositif initial imaginé par Neil Jomunsi sur son blog, il serait plus pertinent que des éditeurs comme Publie.net ou Walrus (qui sont représentés sur Adopte un Auteur) reprennent à leur compte l’idée d’un service de presse pour blogueurs ou animent eux-mêmes une communauté de lecteurs et de critiques. A l’heure du numérique, plutôt que de sacrifier la médiation des éditeurs, il faut la réinventer.

J’ai eu un peu de mal à accoucher de ce billet. Merci à Silvae pour l’échange que nous avons eu et qui m’a permis de clarifier mes idées (bien que nous ne partagions pas le même point de vue !)

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28 réponses à Adopte un auteur ?

  1. Cachou dit :

    Je trouve le sujet très intéressant mais j’ai bien peur d’avoir un avis assez tranché sur la question: je ne lis rien qui ne soit pas passé par le regard expert et parfois (souvent) correcteur d’un éditeur. Je ne sais pas si « Adopte un auteur » révolutionne la chose vu le nombre d’auteurs auto-édités qui contactent les blogueurs pour être lus (au début, je m’en voulais de leur dire non mais au vu du ton de plus en plus impersonnel et froid de ceux-ci, ça ne me dérange plus). Mais par contre, je me posais une question sur le principe: est-ce que le blogueur (et autre) choisit quel livre il va lire ou est-ce qu’on lui en propose un?

  2. Nicolas dit :

    Sur le principe, c’est un peu des deux : l’auteur propose une sélection de ses livres sur le site (il peut y en voir un seul) et le lecteur peut choisir librement parmi ces titres.

    Au sujet des auteurs auto-édités qui veulent à tout prix être lus, j’ai pensé faire une remarque comparable à la tienne : en tant que bibliothécaire, je suis régulièrement démarché par des auteurs auto-édités ou publiés à compte d’auteur qui veulent généreusement faire « don » de leur œuvre à la bibliothèque. C’est une recherche de visibilité, souvent pressante, qui est embarrassante pour tout le monde. Je me suis abstenu d’évoquer cet exemple pour deux raisons : j’ai eu peur que ça paraisse un peu condescendant, d’autre part, l’auto-édition évolue beaucoup ces derniers temps grâce au numérique (il est maintenant très facile de s’autoéditer, et c’est une option qu’envisagent de plus en plus des auteurs qui sont passé par la case « édition traditionnelle » à cause des contrats numériques peu satisfaisants à leur yeux qu’on leur propose). Je pense donc que le profil type de l’auteur auto-édité est en train d’évoluer et de s’éloigner un petit peu des enquiquineurs que tu évoques.

  3. Cachou dit :

    C’est une réflexion intéressante mais, de manière étrange, j’en étais arrivée à une conclusion différente (qui n’est pas forcément meilleure à mes yeux, juste différente donc). Il y a certes beaucoup d’auteurs qui reprennent leurs droits sur des œuvres déjà publiée et qui les remettent à disposition en les « auto-éditant » (via Amazon surtout, mais d’autres solutions comme celle de François Bon existent)(Tiers Livre devenu payant d’ailleurs)(ça ne me tracasse pas, je ne lisais pas beaucoup la chose, mais bon…). Mais j’ai l’impression que le nombre d’auteurs en mal d’édition qui s’auto-éditeront va aussi augmenter vu que, maintenant, il n’y a plus le frein du prix de l’auto-édition, il suffira de transformer un fichier en epub… Ce qui me fait craindre une prolifération de textes de moins en moins corrigés ou corrigés par des personnes n’ayant pas les compétences nécessaires.
    Avant, j’avais des propositions de livres papiers auto-édités. Mais depuis un an ou deux, j’ai un nombre croissant de mails pour des livres numériques (de toute manière, je refuse toujours les livres numériques)(parce que, je suis bornée) et les propositions de « partenariats » se multiplient (plus rien en papier pour l’auto-édition d’ailleurs). Elles se sont un peu calmées depuis que je me suis mise à répondre systématiquement que je ne lisais pas de numérique, mais il en reste quand même.
    Cependant, rien n’empêche à des structures d’édition numérique de voir le jour (ONLIT en Belgique par exemple), et donc à un véritable travail éditorial d’être effectué. Mais rien ne m’a encore tenté dans ces structures. L’édition évolue, mais l’auto-édition va proliférer jusqu’à atteindre un point de non-retour qui, à mon avis, dégoûtera tellement le lecteur qu’il finira peut-être par se tourner à nouveau vers des figures d’éditeurs offrant des livres à ses goûts (mais là, j’ai bon espoir je pense…).

  4. Marc Louboutin dit :

    Travaillant sur la création d’une nouvelle société d’édition, c’est exactement le concept interactif que nous sommes en train de mettre en place sur notre site internet. Cela oblige à repenser la structure web qui reste une surface marchande, mais cela impose aussi le mérite de réfléchir à d’autres possibilités de relations entre les différents acteurs. Et puis c’est aussi admettre, et c’est bien là toute la novation de la nouvelle édition, que les prescripteurs, lecteurs, auteurs, éventuels vendeurs et surtout éditeurs doivent se positionner dans d’autres dynamiques que celles existantes et dont on devine de plus en plus clairement les limites, et peut-être l’extinction, ou tout du moins l’affaiblissement, progressif.

  5. Nickbangonaute dit :

    Deux remarques, tout de même, en passant :

    – publie.net n’est pas que François Bon et le Tiers livre ;
    – sur le marché anglo-saxon, l’auto-édition n’a pas dégouté le lecteur, elle a poussé les auteurs à devenir des professionnels (qui payent des correcteurs pro, ce qu’une partie des éditeurs ne fait plus, les remplaçant par antidote…, des designers pour couvertures, des maquettistes qui se chargent du papier et du numérique. Et alors en plus les auteurs mid list se tournent vers l’auto publication parce qu’ils en ont marre de leur éditeur, et leurs lecteurs tendent à les suivre. Il faudra donc voir comment la chose évolue en France, mais très sincèrement et illogiquement, pas mal d’auteurs auto publiés anglo saxons font un meilleur travail éditorial que leur ancien éditeur, et ça dérange d’ailleurs ces éditeurs qui cherchent à casser l’auto publication que d’améliorer leur travail.

  6. Nicolas dit :

    @Cachou : Il faudrait que l’édition numérique continue de se professionnaliser ou de se structurer en fait. Ce que j’ai essayé de dire dans mon billet c’est que ramener des auteurs publiés numériquement dans un grand sac où on met tous les auteurs qui font du numérique, ce n’est pas forcément une bonne stratégie en terme de lisibilité.

  7. Nicolas dit :

    @Marc, @Nickbangonaute : vos réflexions me confortent dans l’idée que l’enjeu c’est la professionnalisation du numérique – une réinvention des filtres, des intermédiaires, des médiations et des hiérarchies qu’on connait pour le papier – plutôt que l’idée d’une grande famille des auteurs numériques qui se présente en bloc devant le grand forum des internautes qui se chargerait de repérer les pépites.

  8. Cachou dit :

    Vu les réactions très intéressantes ci-dessus (oui, je me rends compte que j’ai le tort de réduire publie.net à François Bon, je dois avouer que j’ai tellement entendu l’auteur en parler que j’en oublie le plus souvent qu’il y a d’autres acteurs dans la chose), je voudrais faire une remarque sur un mythe naissant qui m’agace vraiment, celui qui voudrait qu’un lecteur équipé serait un lecteur convaincu qui se mettrait soudain à préférer le numérique. Équipée je suis, et pourtant très loin d’être convaincue cependant. Le livre numérique ne convient absolument pas à mes habitudes de lectrice et si je ne nie pas l’énorme avantage de pouvoir agrandir la police (avantage dont je n’ai pas encore besoin mais ça viendra dans une vingtaine d’année et je serai certainement contente de pouvoir en bénéficier) ou de pouvoir trimbaler de gros livres sans avoir le problème du poids, pour le reste, je trouve les liseuses pénibles. Je suppose ne pas être la seule lectrice à rencontrer des freins de lecture sur ce nouveau moyen et j’aimerais bien que les prophètes arrêtent un peu de prévoir la fin du livre papier ou tout du moins le fait que les auteurs se tourneraient principalement vers le numérique, chose un peu facile à prévoir, qui avait aussi été dite du temps de la création du MP3 et pourtant, 10-15 ans après, le CD existe toujours, ce sont juste les disquaires qui ont disparu (chose qui me chagrine au plus haut point, je ne trouve plus que de la musique « à la mode » maintenant dans ma ville, je dois aller ailleurs pour avoir des choses plus spécifiques). J’ai beau espérer qu’il en ira autrement de mes lieux préférés au monde, mais je suppose qu’il en ira de même des librairies, mais les livres ne disparaîtront pas, ni le prestige de voir son oeuvre exister sous forme matérielle. (attention, ceci est une remarque générale, pas forcément une réaction aux autres commentaires ^_^)

    J’ai encore entendu récemment un auteur (Nicolas Ancion, pour ne pas le citer) complètement convaincu par le numérique avouer que le fait d’être publié en papier était une chose encore très attirante pour lui, qu’il recherchait donc alors que tous les outils sont la numériquement et qu’il a un public numérique.
    Le numérique est une solution, mais ce n’est pas l’unique solution pour voir son livre considéré correctement. Je connais beaucoup d’éditeurs qui font encore leur travail honnêtement, correctement et en essayant de rémunérer leurs auteurs. Donc vouloir jouer sur la corde du « les auteurs fuient les éditeurs, ces profiteurs », je n’y crois pas trop.

    Mais autrement, offrir une possibilité de rencontre entre lecteurs et auteurs est un principe intéressant. Il ne faut cependant pas oublier que les plus gros influenceurs ne sont pas forcément sur le net. Je suppose que Nicolas ne me contredira pas quand je dis que le pouvoir d’influence des bibliothécaires sur les lecteurs est énorme (quand j’étais en ludothèque, la moitié des jeux empruntés étaient des jeux que j’avais conseillés, je suppose que le chiffre est moins important pour les livres, mais alors que je m’occupais des jeux, j’ai pourtant conseillé énormément de livres aussi, qui étaient tous empruntés). Les blogs donnent de la visibilité, mais je ne suis pas convaincue par le réel pouvoir d’influence de la chose. Le conseil de vive voix marche mieux à mon avis…

    • Nicolas dit :

      Sur le livre numérique, tout change très vite en ce moment (les usages comme les technologies), du coup il est périlleux de faire des prophéties, qu’elles soient optimistes ou pessimistes. Personnellement, et c’est extrêmement récent, je constate que j’ai de plus en plus le réflexe de comparer papier et numérique, et à opter pour le numérique au final. Un exemple : en librairie, il y a quelques jours, je vois une réédition d’un roman de Maurice Leblanc. Le livre me tente bien mais 15 euros ça me semblait un peu cher (surtout en fin de mois !). De retour chez moi je jette un œil sur l’ordi : le livre est sur publie.net à 2.99 euros. C’est un réflexe de consommateur un peu fauché plus que de lecteur mais il y a juste un an et demi, j’étais tout aussi fauché et je ne l’aurais pas fait. Il est vrai que je suis bibliothécaire et assez attentif à ce qui se fait en numérique, je ne sais pas si mon expérience est généralisable au grand public.

      Sur le pouvoir prescripteur des blogs, à nouveau c’est juste un ressenti personnel mais j’aurais tendance à y croire pas mal (sans que ça annule l’influence du bouche à oreille, des libraires, des bibliothécaires, des médias), surtout dans des niches très précises, par exemple la SF. Un livre comme Destination ténèbres de Frank M. Robinson qui est sorti il y a deux ans, j’ai l’impression que les piles chez les libraires ont commencé à nettement grossir après le très bon accueil qu’il a reçu sur le web…

  9. Ping : Lecture numérique | Pearltrees

  10. Cachou dit :

    Ça, c’est à condition de pouvoir de toute manière acheter sur internet (ce n’est pas une chose que tout le monde fait et de mon côté, je refuse d’avoir une carte de crédit, surtout parce que je sais que la manne internet me serait fatale – et je ne dis pas ça en rigolant), ce qui fait que, de mon côté, ce que je trouve en numérique, je le trouve « gratuitement ».

    Mais entre le fait que je n’ose pas sortir la liseuse dans des gares et autres lieux publics un peu plus dangereux (alors que le bouquin est toujours dehors dans ces cas-là), que je n’arrive pas à voir ma progression correctement dans un système de pagination qui semble parfois bien aléatoire (j’aime bien me repérer à la fin d’un chapitre, d’une partie ou du bouquin pour organiser mon temps de lecture), que je trouve l’exploration de la bibliothèque virtuelle peu pratique, surtout que j’ai une manière assez étrange d’organiser mes livres à lire que je ne peux pas reproduire sur liseuse, mais, surtout, que je trouve la prise de note plus que pénible, entre le fait qu’il n’y a pas de marges pour écrire (or j’écris beaucoup sur mes livres, et je les « post-its » avec des notes quand ils sont de la bibli), que de taper via ce clavier qui change selon les majuscules et les accents et qu’après est long et fastidieux, que pour retrouver les bonnes notes, ce soit encore plus pénible (il faut revoguer dans un sommaire de note qui ne reprend pas le passage noté comme début), d’autant plus que je mets en général 20-30 notes par livres et que je souhaite pouvoir les reconsulter à la fin de la lecture pour noter quelques citations et faire mes billets ou pendant ma lecture pour revérifier certains éléments. Ca et d’autres détails qui font que le prix n’entrera même pas en ligne de compte pour moi, à plus forte raison qu’il m’arrive de toute façon souvent d’acheter un livre en grand format même si le poche existe juste pour avoir le plaisir d’avoir un exemplaire plus beau.
    Ma liseuse, ça sera pour les livres qui ne seront pas trouvables en papier, juste un « faute de mieux », et éventuellement pour partir en voyage (mais là, je pars 4 jours avec un roman papier – problème des gares donc – et l’intention d’en acheter d’autres sur place, donc je ne suis même pas sûre de la prendre, j’hésite juste parce que je pense pouvoir l’utiliser pour aller sur internet). Elle n’est pas du tout adaptée à ma manière de lire. Et en plus je suis une vieille ronchonne qui porte autant d’attention au contenant qu’au contenu (Musset n’aurait pas été fier de moi) et qui prend (sérieusement) plaisir à la manipulation de l’objet autant qu’à la lecture. Ça fait très rétrograde de dire ça, j’ai vu passer de (très) nombreuses moqueries de pro-ebooks à propos de ceux qui disent ça mais je m’en fous, je prends sérieusement plaisir à manipuler un livre et je ne vais pas faire semblant que ce n’est pas le cas juste pour ne pas passer pour une drôle ^_^. Donc voilà, de mon côté, sans nier l’intérêt que peut avoir la chose pour ceux qui ne lisent pas comme moi et qui ne risquent pas de perdre leur salaire en livres s’ils avaient une carte de crédit, je ne trouve pas que ça soit si pratique que ça. Et je suppose ne pas être la seule, d’où mon intime conviction que si la lecture numérique va se généraliser, elle ne deviendra pas la seule option. Sans vouloir jouer les prophètes, juste en me basant sur ce qui est déjà arrivé (comme le retour en force du vinyle depuis quelques années ;-p)(oui, j’aime bien les comparaisons foireuses), je crois très fortement à la multiplication des supports sans que l’un ne fasse disparaître l’autre.

    Pour ce qui est de l’influence des blogueurs, ça dépend aussi du lieu et des libraires. Par exemple, « Destination univers », la seule librairie de ma ville (il y en a 6) qui l’a eu, c’est celle à laquelle j’ai conseillé de le commander. Et le livre n’est pas parti (il était en trois exemplaires, il est resté quelques mois, rien, je n’ai plus osé faire de suggestions après ça). J’ai l’impression que les blogueurs ont surtout de l’influence sur la blogosphère mais que leur influence en dehors de celle-ci est limitée. Beaucoup des bibliothécaires que je connais ne se fient pas du tout aux avis de blogs, juste de revues (je ne dis pas qu’ils ont raison, tu penses bien que c’est l’inverse pour moi et que j’ai été assez étonnée d’apprendre la chose). Je me suis régulièrement rendu compte du peu d’influence de la chose en papotant avec des lecteurs, en découvrant que, par exemple, des livres phénomènes sur la blogo comme « Nos étoiles contraires » (véritable déferlement de critiques et de coups de coeur, fait une recherche Google et tu te rendras compte de l’ampleur du phénomène) ne sont même pas connus en dehors de ce milieu ou suscitent très peu d’intérêt, de même que les livres qui sont fortement empruntés ne sont pas ceux dont on parle régulièrement sur la blogo (comme « Les chevaliers d’Emeraude », véritable best-seller de bibli là où je travaillais et dont je n’ai entendu parler que quelques fois sur la blogo). Pour des trucs plus pointus, oui, il peut y avoir influence, mais combien de librairies non spécialisées recherches des infos sur des livres de « mauvais genres » autres que de bit-lit? Mais en même temps, la SF, c’est spécial, il y a un fandom tellement petit et connu que, forcément, l’influence est importante en son sein, que ce soit sur blogs, forums ou sites. Donc peut-être qu’en effet, pour ceux qui s’intéressent à la SF, les blogs auront une influence importante. Mais en dehors de ce fandom-là, je ne sais pas… Par exemple, « Le Melkine » ne fait quasiment pas parler de lui sur les blogs de SF (je suis une des seules à avoir évoqué le roman, on peut compter les critiques sur blogs sur les doigts d’une main ou deux maximum). Et pourtant, il a des chiffres de vente bien plus élevés que n’importe quel Lunes d’Encre de ces dernières années, il se vend très bien même… Par contre, les Ian McDonald dont la blogo SF est folle, eux, ne se vendent pas beaucoup…
    Et en ce qui concerne la littérature générale, j’ai d’encore plus gros doutes. Disons que ce que tu soulignes me semble effectivement être une influence possible, celle sur les libraires donc. La question est de savoir quels blogs les libraires (qui n’en ont pas eux-mêmes, parce qu’il y en a beaucoup ^_^) vont consulter. Je serais très curieuse d’avoir la réponse, tiens.

    Bon, là, j’ai surtout jeté ce qui me venait à l’esprit comme ça, sans structure, pour dire qu’à la fois, je suis d’accord avec toi et pas d’accord avec toi, mais c’est très mal expliqué, pardon…

    • Nicolas dit :

      Ho, je t’en prie, pas d’excuses ! :-)
      Je ne trouve pas tes premières observations « rétrogrades », tu pointes la question des usages, des habitudes et des postures de lecture et il est clair qu’on ne lit pas de la même manière ni la même chose en numérique, surtout vu l’état actuel des technologies (je ne suis pas spécialement pro-livre électronique, et encore moins anti-papier, je constate juste que l’option numérique est clairement rentrée dans le champ des possible pour moi)
      Sur l’influence de la blogosphère, toujours à titre perso, je mets régulièrement sur ma liste de livres à lire des bouquins dont tu parles et que je découvre sur ton blog par exemple. Même choses pour d’autres blogs/sites d’une qualité comparable.
      Au delà de mon cas individuel, le site nonfiction avait fait un sondage auprès de ses lecteurs et de certains libraires sur les modes de prescription : http://www.nonfiction.fr/article-3765-et_la_vainqueur_est_la_recommandation_personnelle.htm La méthodologie est un peu légère mais il ressort quand même que les blogs et Internet jouent un rôle croissant dans les choix des lecteurs…

  11. Cachou dit :

    (ironie du sort: j’ai reçu ton avis de réponse en même temps qu’un mail d’ONLIT, l’éditeur numérique belge dont j’ai parlé plus haut)(quoi? Ça me fait sourire ^_^)

    Intéressant article, notamment sur le fait que les blogs influencent plus les adultes que les ados et jeunes adultes, j’aurais presque cru l’inverse. Mais en même temps, je connais plus de blogueurs de 25-40 ans que plus jeunes. Encore que, c’est surtout parce qu’ils lisent plus le type de livres à m’intéresser…
    Merci pour le côté influences ^_^, là aussi je dois dire que je fais pareil. Mais en même temps, dernièrement, je me suis rendu compte que j’étais plus attirée par la section « nouveautés » des sites d’éditeurs que par les lectures de blogueurs, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai commencé à les fréquenter assidûment (en même temps, le retour au chômage fera que leur fréquentation me sera inutile, je ne pourrai plus me permettre d’acheter ce qui me fait envie). Peut-être que je me pose des questions sur l’influence des avis des autres. De sérieuses questions je veux dire, je me demande si je ne suis pas plus clémente avec un livre dont on parle plus, plus sévère avec un livre qui fait l’unanimité, des trucs comme ça.
    Mais bon, les blogs restent le second lieu dans lesquels je rencontre des idées de lecture (le premier étant ma bouquinerie, ex-aequo avec ma bibli, j’embarque souvent des livres sur un coup de tête dans la seconde, après une seconde de réflexion dans la première).
    Et donc, Le Monde déclare que les blogs sont en fin de course… Pourtant, leur capacité d’influence est sérieusement menacée par ceux-ci. Du coup, dire que l’un est en train de mourir n’est-ce pas un moyen de se rassurer sur la capacité d’influence de l’autre? ;-p.

    Et un truc qui m’a agacée dès le début de l’utilisation de ma liseuse et que j’ai oublié de préciser, que je pensais être un défaut de ma propre liseuse et qui, en fait, se retrouve partout sur ce type d’appareil: la page qui devient presque noir pendant une seconde quand tu la tournes, t’obligeant à t’interrompre dans ton élan de lecture. Je dois dire que ça doit être la chose que je déteste le plus dans le fait de lire numériquement (et comme lire sur tablette me tue les yeux – comme lire sur ordinateur…).

  12. Cachou dit :

    Héhé, je ne l’avais pas vu celui-là ^_^. Et je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à avoir eu un ras-le-blo pas possible de Wikio/Ebuzz. Je n’avais pas vu que beaucoup de blogueurs étaient partis (inutile de préciser que c’est ce que j’ai fait aussi).

    Du coup, va falloir que j’aille voir si je ne sais pas paramétrer ça aussi. Mais j’avoue que sur une page ou sur 4, etc., ça me pèse quand même. Moi j’ai une Sony (qui, soit dit en passant, est vraiment toute jolie, problèmes mis à part).

  13. Le fait que ce débat existe est déjà le signe que quelque chose d’irréversible s’est produit, à mon humble avis.
    On a tort d’oublier que les auteurs, en particulier ceux des littératures de genre, on souvent un profil de geek. Ils connaissent les ordinateurs et les utilisent régulièrement, ils ne sont pas nécessairement effrayés à l’idée de s’auto-publier (ou de s’auto-republier, ce qui est très différent – je rejoins tout à fait Cachou sur ce point). Et surtout, ils ont une vie sur internet. Du coup, on voit apparaître une forme de dialogue sur la toile avec sa communauté de lecteurs potentiels, ou l’auteur connaît assez bien quelques centaines de « fans », qui ont droit de voir les textes en préparation, qui reçoivent des goodies (extraits, nouvelles, scènes coupées, interviews personnalisés) en échange de la pub qu’ils font.
    C’est un nouvel écosystème qui se crée. Il se traduit par une immédiateté de la mise à disposition du texte (je finis un roman, huit jours après il est en vente en numérique et les lecteurs m’en parlent, contre deux ans pour le papier, en moyenne) et par une répartition financière nettement plus favorable à l’auteur pour chaque livre (on en vend trois fois moins en touchant trois fois plus sur chacun). C’est l’équivalent d’une AMAP pour les agriculteurs – vendre à un petit nombre de clients chouchoutés au lieu de travailler pour la grande distribution, vue comme une exploiteuse.
    On oublie aussi que pour pas mal d’auteurs, être lu est « suffisant ». Avoir un millier de lecteurs réguliers, vivre en permanence dans le buzz d’interaction autour de ses textes, est une situation confortable. Et les fans ne manquent pas, il suffit de les motiver et de les aider.
    J’observe tout cela depuis deux ans et je joue avec le système, j’expérimente des choses, je m’efforce de communiquer sur ce que je constate et d’aider ceux qui le souhaitent à essayer des trucs de leur côté. C’est passionnant, ça pose des tas de problèmes (rarement techniques, plutôt des interrogations sur ce que l’on veut faire) et ça génère aussi des joies inattendues.
    Je vous poutoune,

    • Nicolas dit :

      Merci Jean-Claude pour ces précisions ! J’étais embarrassé après avoir rédigé ce billet du ton un peu trop négatif qui ressortait au final. Vous résumez très bien ce qu’il y a de nouveau et d’intéressant dans des projets comme Adopte un Auteur, j’aime beaucoup la métaphore de l’amap, ça touche assez juste.

  14. Cachou dit :

    Tiens, justement, ça rejoint une question que je me posais: Jean-Claude nous dit avoir trois fois moins de lecteurs en numérique. Dans cette vidéo assez intéressante (et radicale ^_^)(radicale pas dans mon sens, je le précise), http://www.youtube.com/watch?v=IhONJyNYhHQ, Nicolas Ancion a l’air de dire que grâce au numérique, il touche un public plus grand (ou j’ai mal compris)(c’est possible aussi), du coup je me demandais si c’était le cas de beaucoup d’auteur ou juste de ceux qui sont particulièrement actifs et en interaction constante avec leurs lecteurs.

    Pour rebondir sur une autre chose qui a été dite, cette proximité entre auteur et lecteur, si elle peut être grisante, a aussi ses mauvais côtés. Si j’adore être en contact avec des auteurs et des éditeurs via internet, je regrette parfois le temps où je pouvais lire un livre sans penser à la personne derrière, dans le sens que je n’avais pas à me préoccuper de décevoir ses attentes si je n’aimais pas un livre ou d’avoir l’impression de passer pour une fan girl sans esprit critique si je l’aimais sincèrement. Cette proximité est vraiment intéressante car elle permet de découvrir un monde inaccessible au simple lecteur ou, tout simplement, des personnes aux préoccupations proches des nôtres et avec qui il est enrichissant de parler mais, en même temps, elle me donne parfois l’impression de rentrer dans une sorte de camp de « fan girls » (ça marche aussi pour les « boys », je vous rassure) qui me met dans une position qui me déplaît parfois. Je ne suis pas du type « supporter », je n’aime pas être de ceux qui encouragent ou défendent aveuglément leurs auteurs/éditeurs préférés, sautillant aux augmentations de ventes, défendant bec et ongle le dernier né, etc., pourtant j’ai l’impression que c’est ce qu’on attend de moi parfois, ou que c’est ce qu’on croit que je fais. Certains auteurs me donnent même l’impression d’avoir leur cour et ça en devient perturbant. Bon, c’est surtout valable pour les auteurs de bit-lit qui déchaînent les passions sur internet mais des fois, j’ai l’impression qu’on m’inclue dans un parterre de fans auquel je ne me sens pas appartenir mais que je ne veux pas rejeter de peur de vexer certaines personnes. C’est ça en fait, cette nouvelle crainte de vexer des personnes qu’on apprécie, qu’on admire alors qu’on ne fait que maintenir notre rapport de lecteur avec eux. Et ce projet d’adoption d’auteur, ça me donne le sentiment que cette attitude de « cour » d’un auteur » sera encore renforcée, que chacun voudra être le découvreur du dernier auteur à la mode peut-être, aussi. De là à se dire qu’on assistera bientôt à des bataille pro/contre comme on en a dans « L’affaire Jane Eyre »… ^_^

    • Nicolas dit :

      Les attentes qu’on a vis-à-vis de toi, c’est une sorte d’effet pervers. Je ne pense pas que ce soit lié au contact direct avec les auteurs. C’est sans doute inévitable de subir une petite pression à partir du moment où tu prends la parole en public et que ta parole a de la de valeur aux yeux d’un certain nombre de personnes.
      Ce qui est un peu hypocrite dans Adopte un auteur c’est que les lecteurs ont le droit de fournir des critiques négatives mais à partir du moment où tu as été en contact avec l’auteur qui t’as aimablement envoyé son livre, c’est tout de même un peu dur de lui dire du mal les yeux dans les yeux. J’ai certes lu une critique négative sur le site mais l’auteur semblait tout embarrassé, il prenait toutes sortes de précautions dont il se serait passé dans le cas d’une critique spontanée.

      • Cachou dit :

        Des fois, j’ai l’impression que ma parole n’a de valeur que si je dis « ce qu’il faut ». Or, je n’ai jamais été très douée pour aimer ce qu’il faut ;-p…

        Et pour ces critiques négatives sur « Adopte un auteur »… Il ne faut pas se leurrer, à moins d’être sans cœur, c’est toujours un peu difficile d’écrire un avis négatif quand on sait que son auteur le lira, bêtement parce qu’on a tous été corrigés une fois dans notre vie (ne serait-ce qu’à l’école) et qu’on sait qu’on a beau avoir conscience du fait que ce n’est que notre travail qui est remis en cause, on a été un peu blessé, un peu vexé. Ce n’est bien évidemment pas ça qui empêche d’être sincère. Mais de rajouter des circonvolutions comme tu as pu le constater, peut-être.
        Mais voilà donc un site qui demande aux blogueurs de sciemment se mettre dans une situation délicate car ils vont se retrouver à lire des livres qu’ils n’auraient peut-être jamais choisis par eux-mêmes et après à critiquer la chose en étant en « ligne directe » avec l’auteur. Je dois avouer qu’en tout cas, de mon côté, la chose ne me tente absolument pas (sans même prendre en compte le côté numérique). Je me demande qui sera client de la chose, les jeunes blogueurs qui ne reçoivent pas encore de services de presse ou les blogueurs confirmés qui choisissent leurs lectures et acceptent ou refusent des service de presse (parce qu’au début, il faut bien l’avouer, tu as tendance à dire oui à tout, et donc à te retrouver avec des déceptions sans nom)? C’est à la fois un principe intéressant (dans sa volonté de donner de la visibilité à des auteurs qui n’en auraient peut-être pas sans ça) et casse-gueule (parce que le côté auto-édité laisse présager quelques mauvaises surprises pour les lecteurs). Bref, à voir mais j’avoue que je ne serai pas de ceux se penchant sur la chose. A plus forte raison que le nom me rebute. « Adopte un auteur », c’est clairement connoté « défends l’auteur que tu as choisi ». C’est un nom référencé, d’accord, mais l’idée reste en tête: « défends ce pauvre petit auteur qui, sans toi, ne sera connu de personne et ne pourra pas voir son art se répandre ». C’est invasif, comme nom, ça donne une idée fausse (fausse?) du principe, ça dis que les auteurs sont des créateurs qui ne peuvent exister que par le buzz, aussi, un peu.

  15. Bonjour,

    Puisque je suis cité à plusieurs reprises par Cachou ici plus haut (merci, cela me fait grand plaisir et ça m’a permis de venir lire la discussion intéressante), j’en profite pour venir préciser ma position.
    Oui, depuis 1997 je constate qu’il y a beaucoup de lecteurs en ligne, toujours plus, d’ailleurs, mais à condition (ce que je défends depuis plus de 15 ans) que les textes soient diffusés gratuitement. Pour le payant, en revanche, je ne vois pas le public mûrir ou croître en français. Ainsi, une nouvelle diffusée gratuitement par ONLiT trouve plus de 5000 lecteurs, un roman publié par le même éditeur sur toutes les plateformes ne trouve pas 100 acheteurs. Donc, oui, il y a du public. Non, il n’y a pas de marché en français.
    Et tout ça va évoluer. Mais en 15 ans les enthousiasmes changent tandis que les revenus n’augmentent pas. Ca ne m’empêche pas de tenter des expériences payantes de temps à autres mais si je veux être lu, il me suffit d’offrir et de partager, c’est plus efficace.
    Et pour manger, il y a le papier :-)

    • Cachou dit :

      C’est l’occasion de ressortir un autre de mes chevaux de bataille! ^_^
      Il y a un autre obstacle aux expériences payantes dont – et je ne comprends pas pourquoi – personne ne tient compte: la possibilité-même de payer, en dehors de toute crise planétaire et de tout état désargenté (je suis désargentée – chômage et cie – et pourtant je me paie encore des livres, donc ça n’entre pas forcément toujours en compte de manière si radicale)(il faut juste aimer les pâtes)(ça tombe bien, c’est mon cas). En effet, on part du principe que tout le monde a une carte de crédit, un peu comme on part du principe que tout le monde est sur Facebook d’ailleurs (non, je n’y suis pas, et j’ai été surprise d’apprendre que plusieurs connaissances n’y étaient pas non plus) ^_^. Mais nombreuses sont les personnes, pourtant actives sur internet, qui n’ont pas les moyens matériels (ou immatériels dans ce cas-ci) de payer ce qu’on y propose. Moi, par exemple, je n’ai pas de carte de crédit, ni de compte Paypal. Et ne souhaite pas en avoir. Donc, d’office, acheter un livre numérique n’entre même pas en considération pour moi (et, non, on n’en vend pas dans mes librairies, je suis une provinciale ^_^). Or, je suis loin d’être une bête étrange, un cas isolé. Dans mes connaissances, seules deux personnes ont une carte de crédit et une troisième une carte de crédit prépayée qui ne sert que pour acheter des places de concert et autres spectacles. Dès lors, combien d’internautes ne seraient pas forcément contre le fait de payer les livres numériques (même si, en ce qui me concerne, jamais je ne paierais plus que 4-5€ pour la chose) mais n’ont pas de quoi le faire et ne souhaitent pas se procurer la carte qui leur permettrait de le faire?

      • Nicolas dit :

        Intéressante remarque Cachou, je connais d’autres personnes très réticentes à payer en ligne mais honnêtement elles sont de plus en plus rares. Personnellement j’achète énormément de choses sur Internet. La contrepartie c’est que j’ai déjà fait au moins trois fois opposition sur une carte utilisée pour payer en ligne… et sinon, nous sommes deux à aimer les pâtes :-)

    • Nicolas dit :

      Merci Nicolas pour cette précision. Ce constat n’est pas très réjouissant pour les auteurs qui apprécient le support numérique pour telle ou telle raison. Ca éclaire bien également la démarche promotionnelle-communautaire du style adopte un auteur : une fois qu’on est résigné à ne pas vraiment gagner d’argent avec le numérique, il ne reste plus qu’à miser dessus pour se constituer un public, se faire de la pub, quitte à ne rien gagner dans l’immédiat, mais en espérant quand même en tirer profit plus tard (sur papier ou numérique…)

  16. Ping : Qu’est-ce qu’un Super-Lecteur ? |

  17. Kylie Ravera dit :

    Bonjour,
    évidemment, votre billet, ainsi que les commentaires qui ont suivi, m’ont intéressée puisque je fais partie de cette vaste caste de réprouvés: les autoédités. (D’ailleurs, je suis déjà présente sur cette page, tout en bas, là: le Ping Super-Lecteur, c’est moi). Vous m’avez également poussé à me poser pas mal de questions, et comme je n’arrivais pas à trouver de réponses satisfaisantes toute seule, j’ai organisé un sondage: https://docs.google.com/forms/d/13fpv3_0asyMRuJCya25ytB6NsFVYJY_hd61OGLhqENg/viewform
    Il s’adresse au Lecteur que nous sommes tous et interroge sur le numérique, l’édition, le web 2.0 quand on lit et qu’on écrit. Une 2ème partie concerne ma propre série de romans mais peut être allègrement zappée par ceux qui ne souhaitent pas y répondre. Je prévois de publier (sur mon blog, restons modestes ^^) une première synthèse des résultats d’ici quelques jours, cela pourrait vous intéresser. Et vous êtes, bien entendu, invité à participer!
    « S’il y a des chemins qui ne sont pas faits pour se croiser, il y a aussi des gens qui s’efforcent de construire des ponts. » Je ne sais pas si je cite quelqu’un en disant cela, je mets des guillemets au cas où, mais construire des ponts, qu’ils soient fragiles, bancals ou en allumettes, j’aime bien ça :-)

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