Cafés mangas et bibliothèques publiques

Le Bulletin des Bibliothèques de France, une revue professionnelle, vient de publier mon article consacré aux cafés mangas et aux mangas dans les bibliothèques publiques.

Des lecteurs en plein yomitachi (=lecture debout) dans une librairie japonaise (Photo : Bjoern Kamegoben, source : Flickr)

Le texte appartient à un dossier intitulé « bibliothèques en concurrence« , ce qui explique l’angle choisi (partir des expériences « concurrentes » des cafés mangas et des magasins culturels type Fnac, et voir quels enseignements il y a à en tirer). En fait, je souhaitais surtout évoquer la place des mangas dans les bibliothèques publiques, où ils sont souvent considérés (de façon un peu vaine) comme un simple produit d’appel à destination des adolescents, sans qu’on saisisse toutes les spécificités et la richesse de la « culture manga » et des pratiques de lecture qui y sont associées. Il y avait assez peu de choses à lire sur ce sujet en dehors du mémoire de conservateur d’Anne Baudot lorsque j’ai écrit cet article il y a déjà 7 ou 8 mois. Entre temps, un très bon ouvrage sur la question est sorti : Christine Detrez, Olivier Vanhée, Les mangados – lire des mangas à l’adolescence, Bibliothèque Publique d’Information / Centre Pompidou, 2012.

Concernant les cafés mangas que l’on trouve au Japon et qui sont le point de départ de l’article, il s’agit souvent d’endroits un peu glauques. Ces boutiques ouvertes 24h/24 où l’on peut lire des mangas en payant à l’heure servent en effet d’hébergement de fortune à toute une génération de jeunes, pauvres et précaires. Cette face obscure d’une institution a priori sympathique et exotique m’a un peu rappelé les cafés Viennois du XIXe siècle qui, sous un abord convivial et pimpant, étaient en fait une réponse à une terrible crise sociale:

Les agréables cafés qui bordent les rues de Vienne ont toujours été aux yeux des touristes le signe d’une existence oisive et insouciante, mais ils avaient aussi une autre fonction. Pendant tout le XIXe siècle Vienne a souffert d’une grave pénurie de logements, les habitations ouvrières y étaient insuffisantes en nombre et en qualités, elles étaient tristes, sales et inchauffables, les innombrables cafés de Vienne étaient donc un refuge.  (A. Janik, S. Toulmin,  Wittgenstein, Vienne et la Modernité, PUF, 1978, p.26)

La rédaction de cet article a surtout été pour moi l’occasion de découvrir les travaux très intéressants du sociologue et spécialiste des médias Henry Jenkins. C’est le principal fruit que j’en ai retiré à titre personnel…

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